Gwenola Ricordeau

 

Gwenola Ricordeau est militante mais aussi sociologue. Elle a soutenu sa thèse de doctorat à l’Université Paris IV-Sorbonne en 2005. Entre 2009 et 2017, elle a été maitresse de conférences à l’Université de Lille 1. Elle est depuis professeure assistante en justice criminelle à la California State University, Chico.
Ses recherches portent entre autres sur les contestations du système carcéral et sur l’abolitionnisme pénal. Avec Joël Charbit, elle travaille en particulier sur les syndicats et les grèves de prisonniers. Elle a aussi écrit Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux, 2019). Visitez https://www.gwenolaricordeau.com pour plus d’informations.

Enquête ouvrière et composition sociale de classe

Par Notes from Below —

La composition de classe signifie la manière dont les classes qui composent la société capitaliste sont organisées techniquement, socialement et politiquement. Nous pensons qu’une compréhension plus approfondie de la composition de classe est fondamentale pour les militantes et militants d’aujourd’hui afin de développer des stratégies adaptées à notre époque sans prendre uniquement le passé comme guide.

À propos de L’arcane de la reproduction

Par Natalia Hirtz —

Publié en italien en 1981, L’Arcane de la reproduction est enfin traduit en français. Cette contribution, indispensable à la compréhension de la théorie sur la productivité du travail de reproduction, est le fruit de débats auxquels Fortunati participe depuis les années 1970 au sein du collectif Lotta Femminista et de la Campagne internationale pour un salaire au travail ménager.

Dans et contre l’État

Par Valérie Simard —

Plus d’un demi-million de travailleuses et de travailleurs du secteur public se sont doté·e·s de mandats de grève générale illimitée pour affronter la négociation qui a cours en ce moment. Dans la plupart des syndicats, les mandats ont été adoptés avec des majorités écrasantes. Pas de doute, les syndiqué·e·s de l’État en ont marre et ont peut-être compris que la
pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans tous les domaines les place dans une position enviable, pour
une fois.

Pistes pour une alliance entre les prolétariats blanc et non-blanc en Amérique du nord : discussion stratégique avec Houria Bouteldja

Par Houria BOUTELDJA —

Si en tant que militants blancs, on aspire à dépasser un antiracisme qui est strictement moral ou à éviter de se limiter à la seule voie de la solidarité avec les luttes antiracistes et décoloniales, quelles sont les possibilités d’organisation dans une perspective révolutionnaire dans le contexte de colonialisme de peuplement en Amérique? La discussion suivante témoigne des réflexions, doutes et désaccords soulevés par la lecture de Beaufs et barbares. Loin de fournir des réponses toutes faites, la lecture de l’ouvrage jette les bases de discussions nécessaires pour toute organisation qui souhaite dépasser un stade strictement théorique.

Pour la critique de la démocratie politique

Par Mario TRONTI —
Considéré comme l’un des fondateurs de l’opéraïsme italien, l’auteur nous a laissé, dans ses vieux jours, l’ébauche d’une critique radicale de la démocratie, aboutissement de toute une vie de réflexions stratégiques et théoriques révolutionnaires.

Le corps-territoire : Genèse d’une catégorie d’analyse et d’une méthode de lutte

Par Mara MONTANARO –
Extrait de l’ouvrage -Théories féministes voyageuses. Internationalisme et coalitions depuis les luttes latino-américaines-

Comment ces «théories féministes voyageuses» ont-elles été transplantées, depuis l’espace de la réflexion, au sein de différents mouvements féministes ­latino-américains ? Comment déconstruire les modalités de connaissance eurocentrées et souligner par le même geste les limites d’un sujet féministe à prétention universelle ? Comment construire une cartographie des féminismes latino-américains pour envisager des luttes transnationales dans la multiplicité de leurs programmes théoriques et politiques ?

Rémunérer le travail reproductif ?

Par Mona Malak —

Comment répondre à la crise de la reproduction sociale, rendue d’autant plus visible par la crise sanitaire du covid-19 ? Quels sont les enjeux d’un salaire au travail gratuit ? Cette étude propose une lecture critique et féministe de deux revendications, l’allocation universelle et le salaire à vie, afin d’en délimiter la pertinence pour répondre à la crise de la reproduction sociale. Pour ce faire, il s’agira ici d’opérer des détours historiques en ravivant, notamment, les débats autour de la campagne pour un salaire au travail ménager dans les années 1970, afin de mesurer, à la lumière de ces luttes, les antagonismes contemporains autour du travail gratuit. Il sera alors possible de déployer de nouvelles stratégies autant que de penser les ambivalences fondamentales dont ces deux revendications sont traversées.

La police au service de l’ordre sexuel capitaliste

Par Adore GOLDMAN et Melina MAY — L’idée que la police, le système pénal ou les services sociaux et médicaux de l’État puissent protéger les TDS de la violence et de l’exploitation est une fiction permettant de justifier la répression de nos activités et de nos corps et qui assure notre exploitation dans les milieux de travail légaux.

Les femmes et la communication numérique : où en sommes-nous?

Par Leopoldina FORTUNATI et Autumn EDWARDS — L’objectif de cet article est d’ancrer l’analyse de la relation entre les femmes et la communication numérique dans une perspective historique, de la développer dans une perspective comparative avec d’autres formes de communication et, enfin, de l’inscrire dans une dimension politique en gardant à l’esprit les trois éléments que nous voulons analyser : le genre, la communication et la technologie.

Faire revenir le temps payé

Par Annabelle BERTHIAUME, Camille MARCOUX, Valérie SIMARD et Etienne SIMARD —
À partir de l’expérience d’une lutte pour la rémunération des études et des stages, avec la conception de travailleuses et de travailleurs en formation qu’elle implique, on peut poursuivre l’organisation dans les services publics une fois sur le marché du travail en réclamant une diminution du temps de travail et une uniformisation des salaires de toutes catégories d’emplois.

Bilan sur l’organisation de la grève des femmes en Belgique

Suite aux mouvements de grève dans plusieurs pays d’Amérique latine et en Espagne le 8 mars 2018, le Collecti.e.f 8 maars s’est mis en place à partir de juin 2018. Charlotte Casier s’est organisée au sein du collectif bruxellois qui faisait un appel à la grève des femmes* en Belgique dès 2019. Le collectif appelait à une grève des femmes, soit une grève du travail rémunéré, du travail ménager, de la consommation et des études.

Explorer les luttes contemporaines : composition de classe et reproduction sociale

Par Elise THORBURN et Gary KINSMAN —

À partir d’une lutte menée au Labrador durant laquelle se sont solidarisées communautés autochtones, communautés de colons et travailleurs et travailleuses d’un mégaprojet hydroélectrique, il est souhaitable de reprendre les outils conceptuels du marxisme et du féminisme autonome de même que la pratique des enquêtes militantes. La composition de classe permet d’élargir la définition de la classe ouvrière et d’y inclure les luttes « identitaires » et décoloniales. La reproduction sociale, quant à elle, est à identifier comme site de lutte. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une proposition stratégique pour la recomposition de la gauche.

Et si nous arrêtions de nier que l’avortement implique de tuer ?

Par Sophie LEWIS —

Quelles seraient les conséquences de reconnaître qu’une mort est toujours impliquée dans un avortement ? Avant tout, cela permettrait un combat plus équilibré contre les partisans de la gestation forcée. Quand les mouvements « pro-vie » s’opposent au fœticide en soutenant qu’il tue, les féministes pro-avortement devraient être capable de reconnaître, sans honte, que oui, bien sûr que c’est le cas. Quand on cesse une grossesse, on arrête la vie du produit de notre travail de gestation. Et encore heureux que nous le fassions, car sinon le monde s’affaisserait sous le poids de la vie forcée.

Production et reproduction : l’apparente antithèse du mode de production capitaliste

Par Leopoldina Fortunati —

Tel est donc le caractère double de la reproduction dans le capitalisme : elle apparaît bien comme création de non-valeur, mais seulement pour l’individu, et non pour le capital pour qui elle est, en réalité, uniquement création de valeur. Autrement dit, le capital ne peut se valoriser qu’en définissant le processus de reproduction comme processus « naturel » et, par conséquent, le travail de repro¬duction comme force naturelle du travail social qui ne lui coûte rien. C’est uniquement en faisant s’opposer, dans l’individu, la capacité de reproduction comme pure valeur d’usage et la capacité de production comme valeur d’échange, que le capital parvient en même temps à s’opposer à celle-ci comme valeur d’usage et à dévaloriser l’individu.

Le salaire au travail ménager : de l’intérêt de déterrer un combat oublié

Par Mona MALAK —

Le 29 avril 2019, un article du média flamand, la VRT, est titré : « Un enfant sur neuf grandit en Belgique dans une famille où personne ne travaille » . Sans devoir lire l’article, nous faisons l’hypothèse que dans ces familles-là, probablement hétéroparentales, il y a au moins une personne qui se charge de s’occuper dudit enfant, de le nourrir, le vêtir, l’envoyer à l’école… Bref, de s’assurer de sa survie. Cette même personne ferait aussi à manger pour les autres membres du ménage, souvent le partenaire, puis ferait la vaisselle avant de s’attaquer au linge sale et aux appels quotidiens à la grand-mère malade et l’amie en détresse. Nous pouvons affirmer que cette personne-là, dans la grande majorité des cas, est une femme. Par ailleurs, faisons l’hypothèse que dans une famille aisée où tout le monde « travaille », certaines des activités décrites plus haut sont reléguées à une femme qui est payée pour les réaliser. Le salaire semble être la seule chose qui distingue les « activités » de l’une du « travail » de l’autre.

Technologie, exploitation, auto-organisation

Par Etienne SIMARD –
L’histoire n’est pas linéaire et le développement technologique ne tend pas naturellement vers le progrès. Lorsqu’on parle de révolutions industrielles, on réfère surtout aux moyens à la disposition du capital pour mettre davantage les gens au travail et pour assurer son commandement sur la production et la reproduction sociale. C’est en ce sens qu’il s’agit d’une question politique : les nouvelles technologies, telles qu’elles sont développées, contribuent historiquement à désorganiser la résistance dans les milieux de travail comme dans la vie quotidienne, en augmentant la productivité, en disqualifiant la main-d’œuvre ou en extirpant du profit des activités humaines, parfois même à notre insu. Envisagés de cette manière, l’enthousiasme soulevé par les possibilités libératrices des technologies nouvelles et l’attentisme qui l’accompagne sont plus désarmants qu’autre chose. Et ça va autant pour les questions écologiques. L’introduction des technologies de la communication dans toutes les sphères de la vie et l’automatisation de plus en plus sophistiquée de la production donne l’impression de décharger les gens des tâches pénibles, de faciliter une socialisation plus progressiste et d’offrir des avenues plus « vertes » pour sauver la planète. Seulement, dès qu’on gratte un peu et qu’on retire ses lunettes nationalistes, on va bien au-delà des nuances.

Éducation, reproduction, exploitation

Par Camille MARCOUX – Le printemps dernier, on commémorait la grève étudiante de 2012, notamment par l’adoption de mandats de grève par plusieurs associations étudiantes et la tenue de différentes actions à travers la province. À cette occasion, un copié-collé des revendications de l’époque était mis de l’avant. Conséquemment, les erreurs du passé étaient répétées : les étudiant·e·s de l’international étaient mis·e·s à l’écart, les profs n’ont pas eu à répondre de leur rôle dans l’école et celle-ci était présentée comme un lieu d’émancipation intellectuelle ou qui pouvait se distancer du marché du travail. Toutes les autres luttes étudiantes et ouvrières qui se sont déroulées durant les dix dernières années étaient carrément ignorées. Les leçons tirées du printemps 2015, de la campagne pour la rémunération des études et des stages de 2016 à 2019, ou même de la crise sanitaire n’étaient malheureusement pas considérées.

La Mohawk Warrior Society: Manuel de souveraineté autochtone (extrait)

Par Tekarontakeh Paul DELARONDE —

Ce fragment de l’entretien avec Tekarontakeh Paul Delaronde est tiré du livre La Mohawk Warrior Society. Manuel de souveraineté autochtone. Tekarontakeh est un Kanien’kehá:ka du clan du Loup. Cet érudit et gardien de savoirs ancestraux a joué un rôle de premier plan dans la ranimation du feu des Rotihsken’rakéhte’ (guerriers mohawks) au début des années 1970.

Gouverner en ignorant les femmes : bilan en trois tableaux

Par Camille ROBERT —

La Coalition avenir Québec (CAQ) a été élue en 2018 sur la base d’un programme qui ne mentionnait nulle part les femmes. Elles étaient invisibles, se fondant indistinctement dans les catégories de la famille, des aînés ou des travailleurs. Les rapports de genre et tous les conflits qui en découlent – inégalités salariales, plafond de verre, violence conjugale – n’existaient pas dans l’imaginaire politique de la CAQ. Ce n’était pas particulièrement étonnant, venant d’un parti campé dans la droite politique, où les candidates se faisaient rares et ne portaient pas nécessairement des valeurs féministes. Les seuls enjeux touchant de plus près la condition féminine, et pour lesquels la CAQ a pris des engagements lors de son élection, concernaient la famille, les garderies et les conditions des soignantes. Je propose ici d’observer comment, dans ces trois champs, la CAQ a ignoré les femmes, particulièrement dans le contexte de la pandémie, alors que les mesures d’aide étatique s’avéraient cruciales. Les failles dans notre filet social étaient certainement déjà présentes bien avant 2020, ou même 2018, mais il serait trop facile de blâmer exclusivement les gouvernements précédents pour l’ampleur de la crise sanitaire. L’indifférence de la CAQ quant aux enjeux touchant spécifiquement les femmes s’est reflétée dans sa gestion de la pandémie, tout comme dans la relance économique proposée.

Pandemonium: prolifération des frontières du Capital et déviation pandémique (préface)

Par Valérie SIMARD —

À l’occasion du lancement de Pandemonium: Prolifération des frontières du Capital et déviation pandémique par Angela Mitropoulos dans une traduction par Valérie P. Simard, nous publions la préface de la traductrice. Angela Mitropoulos est une des théoriciennes les plus éclairantes de l’heure. Sa contribution critique à l’évènement pandémique offre une grille d’analyse pour saisir les différents mécanismes en jeu et anticiper les déviations à venir. L’ouvrage de Mitropoulos sera mis en dialogue avec le bilan collectif Traitements-Chocs et Tartelettes à travers les réflexions de Josiane Cossette et de Julien Simard lors du lancement montréalais.

Rupture de la dialectique : lutte contre le travail, crise financière et plus encore

Par Harry CLEAVER —

Dans une période où le capital est passé à l’offensive depuis bon nombre d’années, utilisant la dette et les crises financières comme justificatif de l’austérité pour faire pression à la baisse sur les salaires et sur l’accès aux services sociaux, et utilisant le terrorisme comme excuse pour attaquer les libertés civiles, il importe de prendre conscience que cette longue période de crise trouve ses origines dans les luttes menées par des personnes pour libérer leurs vies de la subordination au travail, dans une société organisée comme une gigantesque usine sociale. Dans l’Occident capitaliste que dans l’Est socialiste, les gestionnaires de cette subordination, qu’il s’agisse de l’entreprise privée ou de l’État, ont vu à plusieurs reprises leurs plans sapés par des personnes qui refusaient de jouer selon leurs règles et qui élaboraient des activités et des relations sociales échappant à leur contrôle.

Crimes et peines: Penser l’abolitionnisme pénal (Extrait)

Par Gwenola RICORDEAU —

À l’occasion du passage de Gwenola Ricordeau à Montréal, nous publions la conclusion de l’ouvrage Crimes et Peines : Penser l’abolitionnisme pénal publié aux édition Grévis. Dans Crimes et Peines, Ricordeau revisite des textes majeurs de l’abolitionnisme pénal. Si la pensée abolitionniste est loin d’être nouvelle, elle n’en demeure pas moins marginale et souvent mal-comprise. Au contraire des tentatives de réformes du système carcéral et pénal, notamment via des initiatives de justice réparatrice et de médiation ou des discours « innocentistes » qui critiquent l’incarcération de certaines personnes aux dépends d’autres jugées réellement dangereuses, l’abolitionnisme pénal remet en question les bases même de la prise en charge de la violence et des conflits, de la justice à l’intérieur d’un système fondamentalement injuste.

*Lecture* Travail du sexe, pandémie & répression

Lecture par Adore GOLDMAN de son article «Travail du sexe, pandémie & répression».

Gagner son ciel ou gagner sa vie ?

Par Sylvie DUPONT —

De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, on s’entend pour dire que le travail ménager est un travail privé par opposition au travail social. Mais l’un des acquis les plus importants du féminisme est d’avoir démontré que le privé est politique. On peut être contre le fait qu’il y ait des femmes de ménage et des bonnes dans les maisons privées, on peut s’indigner avec raison de l’insuffisance de leur salaire et de leurs conditions de travail déplorables ; on ne conteste pas le fait qu’elles travaillent et donc qu’elles méritent un salaire. On ne prétend pas que ce salaire va les enchaîner à leur travail. L’amour « naturel » de la femme, épouse et mère, pour son mari et ses enfants ferait donc toute la différence ? Vision bien peu matérialiste pour des gestionnaires du pouvoir ou des marxistes.

Travail gratuit et guerre des valeurs

Par Maud SIMONET —

Les appels gouvernementaux à la solidarité et au bénévolat, comme ce fut le cas au Québec et en France dès le début de la pandémie, ne sont pas des nouveautés historiques. S’adressant en particulier aux femmes, la gratuitisation du travail participe de la casse du service public qui a fragilisé la capacité de réponse à la pandémie.

Le genre : entre stratégie d’accumulation et terrain de lutte

Par Kay GABRIEL —

Par contre, le désir d’un monde où la vie n’est plus aliénée — tel qu’exprimé par le slogan « du pain et des roses » — est, à tout le moins, la demande d’une jouissance pour tou·te·s des types de contingence esthétique que le capital confère aux riches. Ainsi, toute politique véritablement révolutionnaire doit s’orienter vers un avenir radicalement plaisant. Comme le soutient Fredric Jameson, cette orientation recentre nécessairement le corps et ses médiations : « Le plaisir est enfin le consentement de la vie dans le corps, la réconciliation — aussi momentanée soit-elle — avec la nécessité de l’existence physique dans un monde physique ». En ce sens, la revendication de base des personnes transsexuelles, c’est-à-dire celle d’exercer, dans toute la mesure du possible, leur autonomie sur leurs propres relations à la signification de la différence sexuelle, met au premier plan le plaisir en tant que dimension critique des mouvements sociaux. Le but d’une telle politique est de considérer le corps comme un terrain de lutte pour la désaliénation intensive du travail intellectuel et manuel. Cette thèse comporte, quant à elle, une certaine portée déterminée aux politiques abolitionnistes : l’abolition de l’abjection genrée et non — du moins, pas de manière abstraite — de la signification genrée.

Le combat des stagiaires reprend

Par Collectif Un salaire pour toustes les stagiaires —

Ce n’est pas une pandémie qui aura fait cesser le travail gratuit. Les stagiaires ont continué de pallier le manque criant de personnel en éducation, en santé, en services sociaux et dans le communautaire, lorsqu’ils et elles ne travaillaient pas comme étudiants et étudiantes, à se former pour faire le travail qu’ils et elles, au fond, faisaient déjà. L’école et les milieux de stage ont prolongé l’horizon sans fin de travail gratuit des membres de la communauté étudiante, qui n’avaient toujours pas la moindre emprise sur leurs conditions d’études, de stages et de vie, finalement.

Capitalocène, déchets, race et genre : une discussion entre Françoise Vergès et Léa Payet

«Capitalocène, déchets, race et genre» est le titre d’un article de Francoise Vergès publié le 29 novembre 2021 sur la revue Ouvrage. À l’occasion d’une discussion avec Léa Payet, l’autrice présente les analyses qu’elle y développe, et les considérations qui l’ont poussée à s’intéresser à ces questions. https://youtu.be/LgFt7lS2Ck0 La discussion a été enregistrée à la fin de l’automne 2021. La musique est réalisée par l’artiste Sous-Systèmes et l’image est une oeuvre de Carlos Quiterio et Graça Santos. Retour à l’accueil

Putes contre les prisons : ce que l’abolitionnisme pénal peut apporter au mouvement des travailleuses du sexe

Par Mélina MAY et Adore GOLDMAN —

« Si le travail du sexe était décriminalisé, nous pourrions plus facilement dénoncer les violences que nous vivons! »; « La criminalisation fait en sorte que les
travailleuse‧eur‧s du sexe (TDS) ne peuvent pas aller à la police! »; « Il existe déjà des lois pour criminaliser les violences que nous vivons sans reposer sur la criminalisation du travail du sexe. »
Ces phrases se retrouvent souvent dans la bouche des activistes qui militent pour la décriminalisation du travail du sexe. C’est qu’il faut convaincre nos adversaires du bien fondé de nos revendications et que nous avons à cœur la sécurité des femmes. Pourtant, on sait bien que ce ne sont que des demi-vérités; que même avec la décriminalisation, bien des TDS ne pourront jamais aller voir la police parce qu’elles sont à l’intersection d’autres oppressions; parce que la réponse des institutions judiciaires est souvent insatisfaisante en matière de violence sexuelle et genrée; parce que l’État trouvera toujours d’autres outils pour nous criminaliser et nous stigmatiser, surtout les plus précaires d’entre nous.

Incursion dans la nouvelle mouvance autonome

Par Samuel LAMOUREUX —

Qu’est-ce que la nouvelle génération des autonomes italiens a à nous apprendre sur la question du travail ? En quoi l’apparition du capitalisme de plateforme reconfigure-t-elle la place du travail dans nos vies, mais aussi celle du salaire et de la séparation entre vie privée et vie publique ? Les vieilles préoccupations autonomes – le travail domestique, la composition de classe, la spontanéité de la révolte ouvrière – sont-elles encore d’actualité ?

*Lecture* Une gang de tu-seuls: télétravail et dystopie pandémique

Lecture par Etienne SIMARD de son article «Une gang de tu-seuls: télétravail et dystopie pandémique».

Afficher le travail

Par Karine SAVARD —

Offertes au regard des passants, les affiches tapissent des lieux. C’est peut-être ceux-ci qu’il faut interroger. De nombreux bâtiments anciennement industriels sont aujourd’hui occupés par des artistes et des travailleurs de « l’industrie culturelle ». En dépit d’importantes mutations du travail et de la reconfiguration de l’écosystème urbain, ces lieux demeurent historiquement liés à une communauté et à un militantisme dont il pourrait être souhaitable de s’inspirer. Détournées par l’anachronisme de leur fonction promotionnelle habituelle, les affiches que j’ai conçues visent à renouveler les appels à la mobilisation des luttes ouvrières dans le contexte des nouvelles modalités du travail. Le présent texte est en quelque sorte la matière première qui a servi à l’élaboration de ces affiches et se présente comme une réflexion sur les mutations récentes du monde du travail.

Chose certaine, je ne peux y arriver seule

Par Mireille TAWFIK —

À l’instar de Brittney Cooper et d’Audrey Lorde, Mireille Tawfik est partie à la recherche de mots éloquents pour décrire son ras-le-bol et nous inviter à enclencher un changement. La performance se termine d’ailleurs par une conversation libre pour imaginer un autre théâtre. Dans le contexte de la refermeture des salles de spectacle, alors que certain·e·s souhaitent profiter de ce temps d’arrêt pour enclencher une discussion sur le théâtre que nous voulons, nous avons cru bon vous partager la réflexion, imprégnée de fatigue et de colère, de Mireille Tawfik.

Se tenir debout avec les infirmières est un projet féministe

Par Silvia FEDERICI —

Les syndicats d’infirmières de vingt-huit pays s’attaquent aux gouvernements et à Big Pharma avec une demande simple : renoncer aux brevets sur les vaccins contre la Covid-19 et mettre fin à la pandémie dès maintenant.

*Lecture* La dame raciste à la lanterne

Lecture par Natalie STAKE-DOUCET de son article intitulé «La dame raciste à la lanterne».

Infiltrer Amazon: Ce que j’ai appris en m’infiltrant chez le géant des entreprises

Par Mostafa HENAWAY —

Pendant quelques semaines, le militant et chercheur a occupé un poste de nuit dans un poste de livraison Amazon. Décidé à voir le monstre de l’intérieur, il a découvert une impressionnante machine au mécanisme parfaitement huilé des RH jusqu’au plancher. Ce ne sera pas facile de l’enrayer. « Je veux comprendre sur le terrain à quoi ressemble cet environnement de travail. Plus important encore, je veux comprendre le type d’organisation syndicale dont nous aurons besoin pour défier et affronter non seulement Amazon, mais l’ensemble du système de livraison et de logistique juste-à-temps, qui est devenu central dans notre économie contemporaine, et les inégalités qui l’accompagnent. »

Capitalocène, déchets, race et genre

Par Françoise VERGÈS —

Discussion sur le travail de nettoyage, historiquement racialisé et féminisé, comme part invisibilisée mais essentielle du fonctionnement de toute société capitaliste patriarcale. Ce travail est abordé comme une part centrale du capitalisme racial. Le virus de la Covid-19 a entraîner au niveau global, des décisions de confinement qui ont confirmé ces thèses.

Écrire la grève des stages

Par COLLECTIF —

Le point de départ de la campagne des CUTE est d’ailleurs radicalement différent : les stagiaires, traditionnellement exclues des mobilisations étudiantes, étaient les protagonistes principales. Pendant quelques mois, elles sont devenues les actrices d’une grève offensive pour la rémunération des stages. Hors du radar de la gauche traditionnelle, elles ont mis en grève 60 000 étudiant·e·s et, pour une première fois dans l’histoire du mouvement étudiant québécois, des milliers de stagiaires étaient de la partie.

*Lecture* Forces de l’ordre, forces de l’art, même combat?

Lecture par Guillaume Maraud de son article intitulé «Forces de l’ordre, forces de l’art, même combat? Puissance et clairvoyance des approches abolitionnistes des institutions d’art contemporain».

Après la modernité occidentale

Par Alexis LAFLEUR-PAIEMENT —

La conscience technologique se caractérise par la reconnaissance de l’Anthropocène et de la crise générale actuelle, creuset des possibilités de dépassement. Cette conscience se diffuse maintenant plus que jamais, offrant paradoxalement la possibilité de repenser globalement la fin de la modernité et l’avènement d’une pluralité cosmotechnique. Dans la mesure où la modernité est directement responsable de la catastrophe actuelle – qu’elle est incapable de résoudre malgré toute sa géo-ingénierie –, l’unique solution est celle vers laquelle pointe Yuk Hui. S’il faut protéger ce qui peut l’être, cela ne suffira pas à endiguer l’écocide : il ne s’agit pas de « réinitialiser » la modernité, mais de la remplacer par de nouvelles cosmotechniques. Une telle action implique la fin du capitalisme comme celle des solutions « spirituelles » et l’instauration rapide de principes pluriels liant harmonieusement l’humain, la technique et la nature (cosmos). Elle n’implique pas qu’un discours, mais exige avant tout des pratiques concrètes.

*Lecture* Une grève de femmes : le cas des allumettières et de l’Association ouvrière catholique féminine de Hull (1918-1928)

Lecture par Kathleen DUROCHER de son article intitulé « Une grève de femmes : le cas des allumettières et de l’Association ouvrière catholique féminine de Hull (1918-1928) ».

Montréal, whoreganize!

Par le COMITÉ AUTONOME DU TRAVAIL DU SEXE —

Nous souhaitons, nous aussi, canaliser toute la colère et le désespoir que nous inspire la
situation actuelle dans la création d’un mouvement de TDS fort afin de faire des gains
politiques qui auront des impacts sur nos vies. La pandémie exacerbe certes les inégalités,
mais nous souhaitons également en faire un moment de solidarité et de luttes pour de
meilleures conditions de travail et de vie. On dit que seule la lutte paie, et nous pensons que
ce n’est pas seulement des poches de nos clients que doit venir cette paie, mais également
de celles de l’État duquel nous devons extraire les protections sociales qui nous sont dues
en temps de crise, et plus encore, la reconnaissance du statut de travailleuse·eur·s!

La traduction à l’ère du digital labor

Par Valérie Simard —

Même si les technologies, contrairement à ce qu’on annonçait au moment de leur émergence dans le domaine, n’ont pas encore causé la disparition de la dimension humaine du processus de traduction, leur généralisation n’en a pas moins transformé les conditions de travail. Les innovations technologiques ont représenté pour la main-d’œuvre tantôt une menace, tantôt la promesse d’une plus grande liberté. Dans les faits, les avancées technologiques ont rarement conduit à moins de travail, mais ont plutôt contribué à sa reconfiguration et, parfois, à son invisibilisation.

Pandemonium

Par ANGELA MITROPOULOS—

Dans Pandemonium, Angela Mitropoulos met en lumière le rôle du néolibéralisme et des gouvernements autoritaires dans la réponse inefficace à la crise. Nous vous présentons ici deux extraits traduits de son essai.

De la fronde symbolique à l’action révolutionnaire : Blanquer, l’agonie du syndicalisme et la grève des notes

Par Hugo DORGERE —
Repartir comme en quarante alors que le monde est aux prises avec une pandémie qui frappe cruellement les classes laborieuses, à la santé plus fragile et en première ligne sur le front du travail. Continuer de s’adresser à un gouvernement de forcené·e·s que l’un des mouvements populaires les plus puissants de notre génération, les Gilets jaunes, n’a pas fait bouger d’un iota. Croire par habitude insufflée que le sacrifice symbolique de la grève va suffire à mobiliser des gens happés par la précarité et la maladie. Il semblerait bien que ce soit la stratégie de la Confédération générale du travail (CGT), la Fédération syndicale unitaire (FSU), Solidaires, la Confédération nationale des travailleurs (CNT), La Confédération Nationale des travailleurs et solidarité ouvrière CNT-SO et l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) qui se sont réunis en intersyndicale, dont on se demande bien quels sont ses objectifs, à part de persévérer dans leur être institutionnel, quitte à se satisfaire de petits monopoles de la contestation. La journée de mobilisation professionnelle du 4 février aura été une énième démonstration d’impuissance car elle a échoué à rassembler au-delà du militantisme traditionnel. Cela dit, elle aura au moins eu le mérite d’évoquer le terme de la précarité et d’être en phase avec la terrible situation que vivent les étudiant·e·s et qui en poussent certain·e·s vers le suicide. C’est un peu mieux que les organisations syndicales enseignantes qui ont réagi bien après le rendu des conclusions du Grenelle de l’Éducation, une mascarade bureaucratique organisée par notre ministre Jean-Michel Blanquer.

La communisation du care

Par M. E. O’BRIEN —

Les communes fournissent une réponse à la question essentielle qui se pose dans un processus révolutionnaire : «Comment pouvons-nous prendre soin les unes des autres?». L’appel à l’abolition de la famille a permis d’imaginer la vie au-delà de l’hétérosexualité forcée, de la soumission misogyne et de la violence familiale. Il suscite l’anxiété pour bon nombre de celles et ceux qui croient que la famille est le seul rempart contre la violence de l’État, la suprématie blanche ou la pauvreté. L’opposition assimile l’abolition de la famille à la négligence vis-à-vis de l’enfant et à la prohibition de l’affection et des soins.

Faerie Fire – Sur l’histoire queer révolutionnaire: première partie

Par Valerie TOVY —

Quoique les débuts du mouvement queer (pour les fins de cet article, le militantisme LGBT dans la décennie qui a suivi la rébellion de Stonewall) ont inclus des embarras tels que la Gay Actvist Alliance, qui s’est séparée du Gay Liberation Front à cause du soutien de ce dernier aux Black Panthers, il a également inclus de nombreux autres courants et figures plus révolutionnaires. Du Combahee River Collective à la George Jackson Brigade et ainsi de suite, l’histoire de la libération queer est pleine d’alternatives révolutionnaires au culte colon banlieusard qui se donne le nom de Communauté queer. C’est notre responsabilité en tant que révolutionnaires, queer ou non, de comprendre ces courants et leurs histoires afin d’accomplir le travail difficile de bâtir un mouvement révolutionnaire, anti-impérialiste et communiste au sein de nos communautés et de combattre l’idéal colon gai.

Sur l’opéraïsme italien (2): au-delà du mythe de l’unité de la classe

Par Yann MOULIER-BOUTANG —

Aujourd’hui, l’intégration dans l’analyse de ce mixte complexe de la classe ouvrière des dimensions de genre, de « couleur » et d’ethnicité, de persistance et de reproduction de mécanisme coloniaux, bref, de toutes les dimensions d’assignation à des minorités subies ou revendiquées, est la forme actuelle que revêt l’impératif d’une recomposition de l’unité d’action, de projet et de partage en commun des multitudes. Il s’agit, en bref, d’une reprise du projet politique d’émancipation et de véritable universalisme décolonisé, y compris en ce qui concerne la question écologique de la domination stupide et dangereuse de la planète.

Contre les perspectives lugubres des collapsologues et du populisme, qu’on peut définir comme une réaction qualunquista de gauche-et-droite à de présumés effondrements des nations, des peuples et des identités, cette horizon ouvre des possibilités pour des politiques alternatives, c’est-à-dire d’inflexion, voire de bifurcation, de la gestion de la transition écologique qui sera sur la table des trente prochaines années.

Contre les crimes d’État: Penser l’abolitionnisme pénal avec Gwenola Ricordeau

Valérie Simard de la revue Ouvrage et Nesrine Tedjini-Baïliche du collectif Pour une dignité politique s’entretiennent avec Gwenola Ricordeau, autrice de « Pour elles toutes: Femmes contre la prison ». Car il nous apparaît urgent d’user de tous les outils à notre disposition afin d’abattre les pouvoirs les plus criminels de l’État colonial, il nous semble indispensable de penser l’abolitionnisme pénal et non seulement carcéral, ensemble.

Sur l’opéraïsme italien (1): la composition de classe revisitée

Par Yann MOULIER-BOUTANG —

L’ensemble des mouvements sociaux et intellectuels qui se sont cristallisés dans le phénomène d’une gauche révolutionnaire ou contestataire renouant avec la tradition des années vingt, n’a-t’il pas su répondre que de façon purement négative au problème posé par la conquête d’espace de transformation? N’a-t-il pas buté, lui aussi, sur l’écueil traditionnel dans les démocraties représentatives d’une alternative piégée basculant d’un réformisme velléitaire et impuissant à un terrorisme hémiplégique et tout aussi inconséquent. Dans un cadre dominé par une forte crise des paradigmes classiques de référence, n’a-t-il pas été atteint aussi, sans parfois bien s’en rendre compte, par une crise de la politique comme catégorie ou domaine délimité? La politisation du social a nourri le gauchisme et la crise de légitimité des démocraties représentatives; mais l’implosion du politique, voire du « social » lui-même, qu’elle contenait en boomerang, associé à la crise du grand modèle « alternatif », c’est-à-dire du socialisme « réalisé » dans ses diverses variantes, n’a-t-elle pas balayé les espoirs d’une organisation politique révolutionnaire alternative ?

Te plains pas, c’est pas l’usine : L’exploitation en milieu associatif (Extrait)

Par Stella FIHN et Lily ZALZETT —

Pour recruter, les associations usent et abusent de la rhétorique de l’engagement. Mais il apparaît aussi un nouveau discours pour vendre ces postes : des affiches fleurissent qui vantent la possibilité d’augmenter ses revenus, de compléter un temps partiel. L’argumentaire s’adresse donc à des galériens et à des galériennes, et ne cherche plus vraiment à mettre en avant des considérations politiques ou éducatives.

Discussion avec Lily Zalzett, autrice et travailleuse communautaire

avec Annabelle BERTHIAUME – Si la gauche considère depuis longtemps, l’usine comme le lieu ultime de l’exploitation de ses ouvriè·re·s, dans le livre Te plains pas, c’est pas l’usine, Lily Zalzett et Stella Fihn proposent de tourner leur regard vers les milieux associatifs en France. Un peu comme dans les organismes communautaires au Québec, les associations françaises se présentent souvent comme des espaces où se construisent et se mettent en forme des utopies, où le travail se ferait en accord avec des valeurs sociales et non avec la recherche de profit.

« Les luttes pour un salaire doivent continuer d’exister » : Discussion avec Silvia Federici et George Caffentzis

Par Camille MARCOUX et Etienne SIMARD —

Or, à partir des années 1960, les universités deviennent des usines. Elles représentent un passage obligé, concrétisé par l’obtention d’un diplôme qui n’est plus dorénavant une marque de privilège. La démocratisation de la fréquentation universitaire faisait d’ailleurs partie d’un plan explicite et élaboré du capital: la classe ouvrière recevra une éducation supérieure.

Forces de l’ordre, forces de l’art, même combat ? Puissance et clairvoyance des approches abolitionnistes des institutions d’art contemporain

Par Guillaume MARAUD —

À l’heure où le champ de l’art contemporain traverse une vague de fermetures institutionnelles temporaires, voire définitives, les derniers mois ont donné lieu à un activisme d’un genre nouveau.

Pour la ruine du monde : le bon usage de la métaphysique moderne de l’agir

Par Émilie BERNIER —

Parce que le sentiment d’impuissance n’est qu’un des dispositifs du régime postfordiste d’accumulation, je propose de refuser d’y obtempérer, de subir l’acheminement du monde vers la ruine comme nous semblons disposés à le faire. Une telle posture n’a rien d’utopique ; elle est celle ce qui assume, sans nostalgie, scrutant avec résolution et dignité les ambivalences du présent, la dépense totale et sans reste de toute puissance productive.

Le procès de production

Par Nicole LAURIN —

On caractérise souvent les classes par le rapport (de propriété et/ou de contrôle) aux moyens de production mais on a tendance à oublier que ce caractère représente seulement une détermination préliminaire à l’analyse des classes, c’est-à-dire qu’il n’épuise pas le sujet. En effet, le rapport à la propriété et au contrôle — que les althussériens appellent la structure du mode de production et considèrent comme une combinaison des variables propriété/ appropriation — est seulement la condition de l’occupation de places particulières dans certains procès de production et ne suffit pas à expliquer en quoi consistent ces places dans ces procès.

Contre la suprématie blanche: « La dignité ou la mort »

Par Nesrine TEDJINI-BAÏLICHE —

Me voilà à ma seconde immigration, cette fois avec un visa précaire. Je pensais l’université québécoise plus ouverte que la française, mais j’y découvre une institution blanche et coloniale. Le terrain est abrupt, violent. C’est bien évidemment un terrain de lutte avec des règles bien précises, qu’on ne maitrise pas d’avance. Un jour sur deux, l’envie d’abandonner les études me taraude, car rares sont les enseignant·e·s qui prennent compte du récit de l’opprimé dans le cadre des récits nationaux. Rares sont ceux et celles qui prennent en compte les oppressions raciales dans leur analyse, et rares aussi sont ceux et celles qui gardent leur rigueur scientifique lorsqu’ils pensent d’autres territoires que l’occident. En d’autres termes : la qualité de l’enseignement est majoritairement exclusive.

Lancement du CATS

Le CATS – Comité autonome du travail du sexe – à Montréal faisait son lancement le 3 mars 2021. Le groupe revendique la décriminalisation du travail du sexe et de meilleures conditions de travail dans l’industrie du sexe. Valérie Simard, membre du comité de rédaction, s’est entretenue avec quelques membres pour en savoir plus sur leur mode d’organisation, les revendications portées et les difficultés vécues par les travailleuses et travailleurs dans l’industrie.

En grève du travail du sexe contre les violences

Entretien avec CARI MITCHELL du English Collective of Prostitutes par le CATS –

En l’an 2000, l’English Collective of Prostitutes (ECP) a organisé une grève du travail du sexe qui s’inscrivait dans le cadre de la grève mondiale des femmes à l’occasion de la Journée internationale des femmes. La Global Women’s Strike est une campagne internationale destinée aux organisations qui souhaitent mettre en avant le travail essentiel effectué par les femmes, qu’il soit non rémunéré ou sous-payé. Une grève du travail du sexe a été organisée à nouveau le 8 mars en 2014 et 2019 avec d’autres organisations de travailleuses du sexe. Les militantes du CATS (Comité autonome du travail du sexe à Montréal) ont demandé à Cari Mitchell de partager son expérience en tant que coorganisatrice de la grève.

APPEL DE TEXTES

SALAIRE, REVENU ET DETTE –
Dans le cadre de ce premier appel de textes, la revue Ouvrage sollicite les contributions de militant·e·s, de chercheuses et de chercheurs pour réfléchir aux questions de salaire, de revenu et de dette dans une perspective contemporaine ou historique. Quels bilans faire des luttes passées ? Comment penser les allocations d’urgence (PCU, primes covid, etc.) dans le rapport salarial ? Quels sont les rapports de la gauche avec ces nouvelles prestations ? Comment s’y prendre pour penser les « sans-salaires » dans un monde centré sur le travail ? Quelles réponses collectives donner à l’endettement généralisé ? Pour quelles fins?

L’école, les profs et la contre-insurrection

Par Hugo DORGERE —

L’école est donc une institution disciplinaire au sens que lui donnait Michel Foucault dans Surveiller et Punir, celui «d’un lieu clos hétérogène, fermé à tous les autres» qui a pour vocation d’attribuer «à chaque individu sa place» et de transformer les élèves en animaux prévisibles. Elle ne fonctionne cependant pas toute seule, sans nous, il serait impossible de plier les corps et d’encadrer les êtres de manière si efficace, pour le compte des créateurs de l’Éducation Nationale: les bourgeois·e·s qui tirent les ficelles du service public.

Politiques du fantasme de groupe: le miraculum politique des États-Unis d’Amérique

Par Noah ALLAIRE —

J’ai écrit cet essai pour recontextualiser l’événement politique ayant débuté le 6 janvier 2021 aux États-Unis d’Amérique, en mettant l’accent sur les processus en devenir plutôt que sur les états d’être. En partant de multiples points de vue et en prêtant une attention particulière aux fantasmes de groupe, nous pouvons voir le pouvoir mettre en scène sa propre mort afin de réaffirmer sa fausse légitimité. Nous pouvons voir le désir se canaliser à des fins réactionnaires. Nous pouvons voir une impulsion policière envers le maintien de l’ordre. J’espère que mon analyse participe d’une sortie de la « courbure « vicieuse » d’un espace politique désormais aimanté, circularisé, réversibilité de la droite à la gauche… [où] l’infini du capital, s’est replié sur sa propre surface » et le désir ne désire rien d’autre que sa propre répression.

De la crise sanitaire ou: comment le capitalisme nous tue depuis un an

Par ARCHIVES RÉVOLUTIONNAIRES —

Il est clair que la perpétuation de la crise sociale et sanitaire actuelle est due à (au moins) trois facteurs systémiques : premièrement, la faiblesse généralisée du système de santé publique, victime de la gestion entrepreneuriale des gouvernements acquis à l’idéologie néolibérale ; deuxièmement, la priorité absolue accordée à l’économie (à la production et à la consommation notamment), entraînant une négligence constante quant aux conditions de travail et de vie des travailleur.euses, fortement à risque de contracter le coronavirus ; et troisièmement, le choix d’une gestion culpabilisante et autoritaire envers les individus plutôt qu’une prise en charge collective, conséquente et structurelle de la crise, des problèmes qu’elle soulève et des solutions qui s’imposent. L’actuelle crise sociale et sanitaire est assurément favorisée, perpétuée et même amplifiée par ces trois facteurs qui lui préexistaient, mais qui révèlent plus que jamais leur toxicité. Il faudra bientôt penser collectivement à se débarrasser de l’idéologie néolibérale, de l’économie capitaliste et de la norme individualiste si nous voulons éviter de telles catastrophes à l’avenir, si nous voulons collectivement vivre.

Le sexe en tant que travail et le travail du sexe

Par Laura AGUSTÍN —

Pour appuyer l’idée selon laquelle le sexe reproduit la vie sociale, on peut souligner que les personnes suffisamment chanceuses pour connaître une vie sexuelle satisfaisante se sentent fondamentalement confirmées et renouvelées par elle. En ce sens, une travailleuse qui fournit des services sexuels effectue un travail de reproduction. Le travail du sexe rémunéré est un service de soins lorsque les travailleuses fournissent de la compagnie semblable à celle d’un·e ami·e ou d’un·e thérapeute et lorsqu’elles donnent des tapes dans le dos — que la compassion soit feinte ou non.

La dame raciste à la lanterne

Par Natalie STAKE-DOUCET —

L’historiographie des soins infirmiers est blanche. Pire que ça, l’histoire des soins infirmiers est centrée autour d’une seule et unique infirmière blanche : Florence Nightingale. Malheureusement, cela ne veut pas dire que les infirmières et infirmiers comprennent vraiment qui elle était. Il existe, bien entendu, des historien·ne·s de la profession infirmière qui font un travail extraordinaire et diversifié, mais de façon générale, tant la profession que la discipline académique des soins promeuvent une image de Nightingale qui trouve ses fondements dans la suprématie blanche au lieu de présenter des faits historiques. J’entends ici expliciter le rôle de Nightingale dans la violence coloniale perpétrée par l’Empire britannique par l’analyse de ses écrits sur les colonies britanniques.

Une drôle de fin de scission: le travail de l’école à la maison

Par Éloi HALLORAN et Camille TREMBLAY-FOURNIER —

Dans le contexte de pandémie, les structures physiques de l’éducation postsecondaire sont plus ou moins complètement remplacées par des structures numériques. Bien que cette tendance précède le contexte actuel, la mise en ligne de l’éducation postsecondaire repose maintenant presque exclusivement sur le domicile étudiant comme nouvel espace de travail. Le numérique passe ainsi d’une médiation du travail étudiant entre l’école et la maison à sa domiciliation presque complète. Tout cela est médié par leurs connexions Wi-Fi, que les étudiant·e·s partagent bien souvent avec leur famille ou leurs colocataires, comme iels partageaient autrefois les chemins menant à leurs salles de classe. L’imposition du domicile comme milieu de travail devient la condition sine qua non de la mise en ligne de l’éducation postsecondaire. Étudier en ligne, c’est travailler à la maison.

«La résistance a des vertus thérapeutiques» : entretien avec Raoul Vaneigem sur l’insurrection chilienne et le référendum pour une nouvelle constitution

Par Emilio GUZMÁN LAGREZE —

À l’occasion de l’anniversaire de la plus grande révolte de l’histoire du Chili depuis la dictature de Pinochet et du référendum pour l’adoption d’une nouvelle constitution, j’ai ouvert le dialogue avec Raoul Vaneigem pour faire un retour sur les événements et sur la possibilité de déroger à la constitution du laboratoire néolibéral. Un texte de son plus récent livre était consacré à l’insurrection chilienne; j’ai donc voulu savoir quelles étaient ses réflexions un an plus tard dans le contexte référendaire.

Contre la romance de l’éducation: craquer dans et contre l’université

Par Eli MEYERHOFF —

Pour expliquer comment de tels récits de crise de l’éducation postsecondaire sont liés à son histoire romantique, j’examine, dans Beyond Education, les débats politiques contemporains sur son « impasse ». Bien qu’elle puisse être approchée de pleins de manières, la plupart des auteur·trice·s de livres récents sur l’éducation postsecondaire aux États-Unis posent l’impasse comme une crise. Plutôt que de la traiter comme une question politique liée à des conflits entre des manières de faire le monde et des modes d’études, on pose l’impasse comme une question analytique et morale à résoudre par persuasion rationnelle. Les récits de crise impliquent une distinction morale entre le passé et le futur. Ils demandent: où avons-nous fait fausse route? Narrée sur le mode de la jérémiade et du mélodrame, la réponse établit un pronostic sur les manières de s’améliorer. Ces récits répètent ainsi la romance de l’éducation, qui supprime les motivations à lutter contre l’impasse et reproduit une épistémologie de l’ignorance instruite.

Notre réponse au récent assassinat d’un enseignant français

Par TTPE —
Le collectif des Travailleuses et Travailleurs Progressistes de l’Éducation offre ses sympathies et ses condoléances aux familles de l’enseignant et de l’adolescent récemment tués à Conflans-Sainte-Honorine en France. En tant que travailleuses et travailleurs de l’éducation qui travaillent étroitement avec les familles de nos élèves, nous croyons que cette tragédie doit nous motiver à entamer une discussion essentielle sur les actes de violence générés par des maux de société qui ont lieu dans nos établissements scolaires, tout en prenant le temps de guérir comme communautés scolaires. Ce cheminement doit s’inscrire dans notre objectif commun de transformer nos écoles en sanctuaires d’apprentissage et d’épanouissement plutôt qu’en lieux de compétition.

Une grève de femmes : le cas des allumettières et de l’Association ouvrière catholique féminine de Hull (1918-1928)

Par Kathleen DUROCHER — Des années 1870 à 1928, l’allumière de la E.B. Eddy se démarque en tant que principale productrice d’allumettes au Canada, ce bien essentiel du quotidien avant que l’électrification ne s’entame réellement. Durant des décennies, des centaines d’employé·e·s, principalement des adolescentes et des jeunes femmes, s’affairent à l’emballage des bouts de bois inflammables. Travaillant dans des conditions difficiles, entre 50 à 60 heures par semaine, et ce, toute l’année, elles ne gagnent qu’un maigre salaire octroyé à la pièce[1]. Victimes de ce système d’exploitation instauré par le plus puissant employeur de la ville, les ouvrières de la E.B. Eddy n’ont que peu de ressources pour améliorer leurs conditions de travail. Ce ne sera qu’à partir de 1918 que la situation se transforme alors que les travailleuses s’unissent sous la bannière d’un syndicat catholique nouvellement créé. Jusque-là exclues des tentatives de syndicalisation, elles se démarquent rapidement par leur participation active au sein de l’organisation. Leurs réussites se font connaître non seulement à Hull, mais aussi dans le reste du Canada.

Une gang de tu-seuls : télétravail et dystopie pandémique

Par Etienne SIMARD —
La crise sanitaire a précipité la généralisation du télétravail à domicile dans bon nombre de secteurs. S’il présente une situation privilégiée face aux risques de contagion et des avantages non négligeables en termes de flexibilité, il attaque aussi nos capacités d’auto-organisation en milieux de travail et contribue à moyens termes à la détérioration de nos conditions de vie. D’abord en faisant éclater les collectifs de travail déjà mal en point, ensuite en nous dépossédant d’espaces de réflexion théorique et pratique nécessaire à la prise de contrôle sur toutes les dimensions des luttes pour l’amélioration et la transformation de la vie.

L’ouvriérisme de droite ou: la lutte des classes à l’envers

Par Jason READ —

À partir de Hegel, nous pourrions dire que l’État doit continuellement maintenir le lien entre les significations éthique et économique du travail, entre le travail en tant que discipline et le travail en tant que production de biens et de services nécessaires réparant ce que le capital lui-même brise par l’automatisation des emplois. C’est l’État qui nous dit que tous les emplois sont essentiels. L’idéologie dominante qui nous dit que « nous travaillons pour gagner notre vie » présente une relation artificielle et médiatisée comme une relation naturelle, ce qui transforme le fait plus complexe que nous travaillons pour des employeur·euse·s, qui fournissent des salaires que nous utilisons pour acheter des marchandises, en donnée naturelle de la vie. C’est pourquoi tous les écarts et toutes les séparations entre le travail et la satisfaction des besoins et des désirs doivent être contrôlés et surveillés. C’est là que toute la mythologie des welfare queens entre en jeu, de même que sa variante plus banale de colère envers les gens qui ont utilisé leur chèque de relance économique pour acheter des costumes gonflables de dinosaure et des dildos.

Gender Power

Par RED BRAID ALLIANCE —

En 2018, au Canada, une femme ou une fille a été assassinée tous les 2,5 jours et, en 2005, aux États-Unis, trois femmes ont été tuées chaque jour en moyenne. Au Canada, neuf victimes d’agression sexuelle sur dix sont des femmes. L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) estime que 4 000 femmes et filles autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada au cours des trois dernières décennies. En 2018, 370 personnes trans ont été tuées dans le monde ; la plupart d’entre elles étaient des femmes racisées. Les personnes non binaires font face à des taux de suicide plus élevés que les hommes et les femmes trans. Toute cette violence genrée a une fonction spécifique dans la mécanique du pouvoir capitaliste, impérialiste et colonial.

« Il est préférable de comprendre le monde qui vous entoure que de ne pas le comprendre » – Entrevue avec David Graeber

Par Julien SIMARD —

David Graeber est mort à l’âge de 59 ans. Auteur de renom et militant anarchiste, il laisse derrière lui un grand nombre d’écrits, principalement campés en anthropologie économique et politique. À l’automne 2010, le Royaume-Uni tout entier était tourné vers les luttes étudiantes qui tentaient de s’opposer à une hausse massive des frais de scolarité que venait d’imposer le gouvernement conservateur de David Cameron[i]. Des contestations juridiques bloqueront la réforme jusqu’en 2012[ii]. En février 2011, j’ai décidé d’écrire à David Graeber de manière un peu impulsive, pour lui demander son avis sur la situation au Royaume-Uni, puisqu’il enseignait alors au Goldsmiths College de Londres. Dans cet entretien, il précise sa pensée sur le rôle des intellectuel·le·s dans les mouvements sociaux et sur la place de l’université dans le néolibéralisme.

Cristaux et machines analytiques : préliminaires historique et conceptuel à une nouvelle théorie des machines

Par George CAFFENTZIS —

Le travail immatériel, tel que défini par ses partisans comme Hardt et Negri, n’existe pas. Afin de défendre cette affirmation, j’examine comment le travail a été compris dans l’histoire du capitalisme à travers l’étude des machines, et je soutiens que la théorie la plus réussie des machines dans la société capitaliste est celle de Marx. Je m’appuie sur cette théorie pour défendre mon scepticisme concernant le travail immatériel. Cependant, la théorie de Marx, elle-même, doit être défendue.

Faire d’un abri une maison

Par Sophie LEWIS —

Dans le contexte de la pandémie, alors qu’on appelait la population à se réfugier dans son domicile, Sophie Lewis remet en question l’idée que la maison soit un lieu sécuritaire pour plusieurs. Alors que les plateformes de vidéoconférence donnent l’impression d’abolir les frontières entre privé et public, Lewis affirme que la logique du confinement risque au contraire de renforcer la privatisation du foyer et l’exclusion des populations marginalisées. Mais au même moment, les mesures de confinement n’arrivent pas à contenir la réponse populaire aux violences racistes. Observant les émeutes qui éclatent un peu partout aux États-Unis, les rassemblements et les campements autogérés, Lewis rappelle avec espoir que seule la révolution peut faire d’un abri, une maison.

Repenser la plus-value, recentrer les luttes au sein de la sphère de la reproduction

Par Jared SACKS —

Depuis les années 1970, les féministes autonomes critiquent Karl Marx pour ne pas avoir considéré la sphère de la reproduction comme un moteur essentiel du capitalisme. Elles ont démontré comment le travail reproductif non rémunéré contribue à la production de la plus-value — un fait que le marxisme orthodoxe a refusé de prendre en compte. Cela s’explique en partie par la fétichisation de catégories telles que le travail productif et le travail improductif comme fondements théoriques du marxisme. Toutefois, si nous comprenons la critique que fait Marx de l’économie politique comme une méthode pour analyser le capitalisme en termes de processus, nous sommes obligé·e·s de repenser la théorisation de catégories telles que la plus-value. Dans les débats actuels autour de la production de la valeur sous le capitalisme, il est utile de faire une distinction conceptuelle explicite entre le lieu où la plus-value est produite et où elle est extraite. Ce faisant, nous mettons au premier plan la sphère de la reproduction et le rôle clé qu’elle joue dans le maintien des relations sociales capitalistes.

La reproduction ne sera pas télédiffusée

Par Valérie SIMARD —

La crise de la COVID-19 met en évidence qu’il n’est pas possible de technologiser entièrement le travail de reproduction. Elle démontre aussi que lorsqu’on renvoie entièrement le travail reproductif dans la sphère privée en réduisant la part de ce travail socialisée par l’intermédiaire de l’État ou sous-traitée à des aides-domestiques et des nounous dans certains foyers, les femmes ne peuvent plus participer aussi activement à la production capitaliste. Pourtant, l’isolement physique par les mesures de confinement s’est rapidement imposé comme la mesure la plus efficace, voire la seule solution mise de l’avant pour contenir la propagation du virus. Si le travail de reproduction sociale est négligé, si on ne le prend plus en charge, on fait face à une crise de la reproduction.

Wages Due Lesbians : stratégie de visibilité et organisation féministe dans le Canada des années 1970

Par Christina ROUSSEAU —

Dans ce texte, j’examine l’émergence de Wages Due Lesbians, un groupe lesbien qui faisait partie de la branche canadienne de l’organisation féministe marxiste Wages for Housework. En faisant une étude de cas historique, je revisite la notion de «visibilité» en rapport à la maternité lesbienne au Canada dans les années 1970 en analysant les luttes pour le bien-être social, pour la garde des enfants et contre la violence. À travers cette étude de cas, je présente les idées en évolution constante en ce qui a trait à la respectabilité et à l’homosexualité, à partir des années 1970 jusqu’à aujourd’hui.

Les êtres humains ne sont pas jetables

Par Robyn MAYNARD et Justin PICHÉ —

Ces vécus exposent l’indifférence et le mépris de la société à l’égard des personnes incarcérées abandonnées à la mort durant cette crise sanitaire mondiale. Le virus se propage derrière les barreaux, malgré les rapports et études qui consignent depuis longtemps les conséquences des conditions de détention pour l’hygiène et la santé des personnes incarcérées.

La Grande pause : une approche décoloniale de la vie après le néolibéralisme

Par Cristina MORALES — Au moment où le confinement tire à sa fin, l’autrice en profite pour imaginer un après ancré dans une perspective décoloniale inspirée d’expériences concrètes de communisation et de démocratie directe. En appuyant son analyse sur Marcuse, Arendt et Audre Lorde, elle partage ses réflexions sur la stratégie du refus et du pouvoir dual pour poser les bases d’une société nouvelle fondée sur l’entraide mutuelle.

De la responsabilité des historien·ne·s face au racisme

Par COLLECTIF —

Dans cette lettre ouverte, des historiennes et historiens ont voulu dénoncer « l’instrumentalisation du passé » et rappeler la responsabilité sociale de l’intellectuel·le.

«Je n’ai jamais vu la ville ainsi. Elle est comme endormie.» Témoignages des travailleuses et travailleurs essentiel·le·s

Des entrevues audio de Stefan CHRISTOFF, Colligées par Valérie SIMARD — Free City Radio a documenté la parole des travailleuses et des travailleurs qui se trouvent aux premières lignes afin de faire connaître leurs perspectives. Bien que faisant rarement l’objet des discours des politicien⋅ne⋅s et des médias de masse, les petit⋅e⋅s salarié⋅e⋅s, le plus souvent des personnes immigrantes, se retrouvent aussi au front dans le contexte de la pandémie actuelle. Ce sont les personnes qui travaillent dans les entrepôts, qui se trouvent derrière le comptoir à la boulangerie, qui livrent la pizza, qui tiennent les caisses dans les pharmacies; ces emplois, qui offrent rarement plus que le salaire minimum, sont ceux qui ne s’interrompent jamais, malgré les risques pour la santé que présente le travail avec le public pendant une crise sanitaire. Ce sont ces réalités que Free City Radio a voulu partager dans cette série d’entrevues.

Travail du sexe, pandémie & répression

Par Adore GOLDMAN —

Cette crise nous rappelle ainsi l’importance de reconnaître les revenus des TDS comme un salaire et la nécessité de leur donner accès aux droits du travail, ce qui passe d’abord par la décriminalisation. Dans le contexte où travailler revient à s’exposer à un virus extrêmement contagieux, on voit bien que la seule façon de refuser d’effectuer travail est d’être payé·e pour ne pas le faire.

Discussion avec Silvia Federici

Lorsque les États ont imposé le confinement et la distanciation, fermé les écoles et refusé aux proche-aidant·e·s l’accès aux centres de soins pour personnes âgées, on a secoué l’équilibre précaire de la répartition du travail de reproduction sociale. Ces mesures, si elles se sont avérées efficaces pour limiter la propagation du virus et éviter l’engorgement du réseau de santé, sont pourtant insuffisantes et parfois dangereuses pour les populations les plus vulnérables. Dans le contexte, on peut difficilement se surprendre de la difficulté d’assurer la continuité pédagogique dans les foyers et de la catastrophe humanitaire dans les centres de soins pour…

La crise de la reproduction sociale (extrait)

Par Silvia FEDERICI et Louise TOUPIN —

Un extrait tiré de Louise Toupin, Mariarosa Dalla Costa, Silvia Federici, La crise de la reproduction sociale, Montréal, les éditions du remue-ménage, Collection micro r-m, 2020.

«La base et l’envers» des labos aux hôpitaux : entrevue avec Maud Simonet

Par Annabelle BERTHIAUME et Amélie POIRIER — Dans son livre Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? paru à l’automne 2018, Maud Simonet analyse des activités aujourd’hui hors « du droit du travail et avec peu ou pas de compensation monétaire et de droits sociaux » à partir des apports théoriques de féministes entourant les débats pour la reconnaissance du travail ménager dans les années 1970. Malgré leur apparente disparité, c’est donc le travail gratuit qui constitue le fil rouge des différentes activités observées par Simonet : travail numérique, stage non-rémunéré, service civique, workfare, bénévolat.

Pas de retour à la normale: pour une libération post-pandémie

Par Max HAIVEN —

Notre tâche est de prendre revanche au nom de l’avenir de paix, de care, d’abondance, de connexion et de prospérité qui nous est dû, mais que le capitalisme de la vengeance nous nie. Il nous faut également prendre la revanche de celleux qui sont mort·e·s et qui continuent de mourir, lentement ou rapidement, à force de reproduire ce système.

Les nouvelles formes de solidarité, d’entraide et de luttes communes qui émergent aujourd’hui, dans le contexte de pandémie, sauront-elles façonner ces luttes de demain pour un monde post-capitaliste ?

Quelques leçons du militantisme anti-SIDA pour s’organiser dans le contexte de la pandémie du Coronavirus (COVID-19)

Par Gary KINSMAN —

Comme toute urgence sanitaire, la crise du SIDA mettait/met en confrontation un condensé de réalités et de rapports sociaux. Lorsqu’il est question de santé publique, la question qu’il importe de poser est : de quel « public » parle-t-on et la « santé » de qui souhaite-t-on protéger ? La pandémie actuelle soulève les mêmes enjeux et bien d’autres encore, mais dans un contexte où le capitalisme néolibéral est encore plus avancé dans la destruction du système de santé, de l’assistance sociale et de l’État providence, et a créé une ère de travail précaire dans plusieurs pays.

Discussion avec Leigh Claire Laberge

Une conversation avec la théoricienne Leigh Claire La Berge à propos du concept de travail démarchandisé, qu’elle propose pour penser le travail après la financiarisation. Soulignant l’omniprésence du travail et la disparition des salaires dans notre moment contemporain, La Berge propose une analyse et une périodisation de la relation capital-travail à la lumière de la récente explosion de formes non rémunérées de travail. C’est cette situation, où travailler plus implique d’être payé moins, voire pas du tout, qu’elle souligne par le travail démarchandisé, dont les sites d’emploi combiné et inégal se multiplient, de la télé-réalité à l’exercice de la citoyenneté, en passant par l’école.

Le travail démarchandisé : conceptualiser le travail après le salaire

Par Leigh Claire LA BERGE —

Dans la perspective de repenser le marxisme, je voudrais suggérer un retour à la question du travail et, en particulier, à une certaine configuration du travail: le travail démarchandisé. En tant que manière de penser le travail ayant émergé après la financiarisation, le travail démarchandisé renvoie à l’épuisement du même rapport salarial qui continue, malgré tout, à structurer nos vies. La maxime « peiner au travail ou travailler à peine » a besoin d’une nouvelle conjoncture: à l’ère du travail démarchandisé, on se retrouve à peiner au travail et à travailler à peine. Je suggère que le travail démarchandisé offre aux critiques culturelles une formule pour isoler le travail aujourd’hui, qui prend en compte sa relation avec le salaire, permet de périodiser la relation capital-travail et met en évidence les changements financiers ainsi que la nécessité durable du travail sous le capitalisme.

« On s’arrête toutes, on arrête tout, on arrête partout ! » : Retour sur la grève des femmes* 2020 en Belgique

Par Annabelle BERTHIAUME —
Une entrevue avec Charlotte, Marie et Mona du Collecti·e·f 8 maars.

Autonomie, reconnaissance, mouvement

Par Angela MITROPOULOS —

Le thème de l’autonomie est devenu un élément central dans les discussions à propos de la migration, de la défense des frontières et du capital global. Dans ce contexte, on en est venu — parce que la conjoncture de la « mondialisation » s’imposait dans les débats — à produire une analyse stratégique accordant une plus grande importance aux mouvements de population qu’à ceux du capital. Alors que les mouvements de protestation dit « anti-mondialisation » commençaient à prendre de l’ampleur à la fin des années 1990, les débats portant sur l’analyse de la « mondialisation » s’intensifiaient eux aussi.

Le sexe n’est pas le problème dans le travail du sexe

Par Juno MAC et Molly SMITH —
L’horreur et le travail sont posés comme antithèses : si la prostitution est horrible, il ne peut pas s’agir d’un travail. Nous pensons pourtant qu’il est plus pertinent de partir d’un point de départ différent : il n’est pas raisonnable de présumer que le travail, peu importe le type — incluant le travail du sexe — est généralement bon. Les personnes qui n’ont jamais vendu de sexe pensent souvent qu’il doit s’agir d’un travail terrible, et plusieurs travailleur·euse·s du sexe seraient bien d’accord. Cependant, ces travailleur·euse·s ne situent peut-être pas le problème dans la sphère du sexe, mais bien dans celle du travail.

La reproduction sociale en réseau : crises dans le circuit intégré

Par Elise THORBURN —

Dans la société capitaliste contemporaine, motivée par les nouvelles technologies numériques en réseau, la reproduction sociale est de plus en plus virtualisée à travers les moyens de communication. Bien que les luttes politiques récentes aient démontré que les technologies en réseau peuvent libérer la reproduction sociale du profit et de la marchandisation, la tendance générale est plutôt à la provocation et à l’accélération des crises de reproduction sociale, dans la capacité de se reproduire au quotidien et entre les générations. Ces crises ont des impacts psychiques et corporels, et intensifient la thèse de l’« usine sociale » de Mario Tronti à propos de la composition technique du capital.