À propos de L’arcane de la reproduction

Par Natalia Hirtz
Publié le 12 janvier 2024

Publié en italien en 1981, L’Arcane de la reproduction est enfin traduit en français. Cette contribution, indispensable à la compréhension de la théorie sur la productivité du travail de reproduction, est le fruit de débats auxquels Fortunati participe depuis les années 1970 au sein du collectif Lotta Femminista et de la Campagne internationale pour un salaire au travail ménager1. En faisant « fonctionner Marx à la lumière de la lutte féministe » (p. 41), cet ouvrage systématise les débats autour de l’extorsion de la plus-value du travail reproductif tout en fournissant un corpus théorique solide au mouvement féministe opéraïste qui, comme le rappelle Fortunati, appliquait une analyse « marxienne du travail productif à un travail qui, au regard des catégories marxiennes, ne « pouvait » être considéré comme tel » (p. 44). En traduisant l’analyse empirique de ces luttes féministes en théorie politique sur la valeur du travail de reproduction, L’Arcane de la reproduction a contribué à l’élaboration d’une nouvelle critique de la valeur. – NH

Fortunati s’appuie et approfondit la thèse développée par Mariarosa Dalla Costa (sociologue, fondatrice de Lotta Femminista) qui, dans son essai Les femmes et la subversion sociale, publié en 1972, soutient que le travail de reproduction est une forme spécifique de production capitaliste consistant à produire et à reproduire la marchandise force de travail. L’Arcane de la reproduction est mu par le projet de systématiser cette thèse tout en analysant les « rapports réels » que le capital entretient « en secret » avec le travail de reproduction. Fortunati s’appuie et approfondit la thèse développée par Mariarosa Dalla Costa (sociologue, fondatrice de Lotta Femminista) qui, dans son essai Les femmes et la subversion sociale, publié en 1972, soutient que le travail de reproduction est une forme spécifique de production capitaliste consistant à produire et à reproduire la marchandise force de travail. L’Arcane de la reproduction est mu par le projet de systématiser cette thèse tout en analysant les « rapports réels » que le capital entretient « en secret » avec le travail de reproduction.

Afin de dé-fétichiser le processus de reproduction, considéré comme un domaine appartenant à « la vie privée », Fortunati procède à une analyse systématique de la théorie de la valeur développée par Karl Marx. Celle-ci se centre exclusivement sur la sphère de la production, ce qui, selon Fortunati, ne permet pas de comprendre l’ensemble du cycle de la production capitaliste qui est caractérisé par l’exploitation du travail productif, mais aussi reproductif. À partir du travail domestique (non rémunéré) et de la prostitution, Fortunati propose donc une analyse systématique sur la reproduction. Pour ce faire, elle applique au processus de reproduction les catégories développées par Marx pour analyser le processus de production et explore les convergences et les divergences entre ces deux processus.

L’Arcane de la reproduction repose également sur la thèse opéraïste (formulée en 1966 par Mario Tronti dans Ouvriers et capital) selon laquelle les transformations du capital sont le résultat, ou plutôt la réponse, aux luttes. Ainsi, pour comprendre les transformations, Fortunati relate tout au long de l’ouvrage des luttes et des rébellions souvent souterraines et non concertées (comme la diminution de la natalité), mais qui font preuve d’un refus des femmes au travail de reproduction.

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Dans le premier chapitre, Fortunati commence par explorer la sphère de la reproduction en examinant le passage des « modes de production précapitalistes au capitalisme », où la valeur d’échange prend le dessus sur la valeur d’usage, tant des objets que des individus. L’individu devient ici marchandise force de travail qu’il vend en échange d’un salaire dans la sphère de la production. Dans le passage vers le capitalisme, production et reproduction sont séparées et se présentent, dorénavant, comme opposées : l’une comme création de valeur, l’autre comme création de non-valeur, comme un « processus naturel ». Or, cette présentation appartient au plan formel. Définie comme la « partie du cycle capitaliste qui concerne la production et reproduction des individus comme marchandise force de travail » (p 37), la reproduction apparait sur le plan réel, comme création de valeur (force du travail). Si elle se présente formellement comme un service personnel, Fortunati postule qu’il s’agit en réalité du travail de production et reproduction de la marchandise force de travail. Il est, par conséquent, un « travail non directement salarié ». Plus encore, production et reproduction fonctionnent « tout au long du cycle de production (reproduction comprise) comme création de valeur ».

Si, comme le soutient Marx, la force de travail est la marchandise la plus précieuse du capital, selon Fortunati ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit de la seule marchandise capable de créer de la valeur dans le processus de production, mais aussi parce qu’elle se reproduit comme valeur dans le processus de reproduction. Le passage au capitalisme, caractérisé par le « travail libre », implique notamment la libération de l’homme du travail de reproduction de soi, tandis que la femme ouvrière devient force de travail reproductif et productif. Elle n’est donc libérée ni du travail productif (à l’usine) ni du travail reproductif. En effet, comme le rappelle Fortunati, vus les bas salaires féminins, les ouvrières doivent se soumettre au rapport de travail salarié et « non directement salarié ». Cela signifie qu’elles doivent échanger leur force de travail contre leur propre salaire et contre celui de l’homme, à travers le travail mené à l’intérieur de la cellule familiale ou par le travail sexuel.

Avec la consolidation du capitalisme, travailleurs et travailleuses acquièrent le « droit » au travail libre, mais aussi au mariage, ce qui implique, en réalité, l’obligation de travailler et de se marier. Le capital établit ainsi un double rapport : le rapport du travail salarié et le rapport non directement salarié. Il transforme la famille qui, dorénavant, est définie selon Fortunati comme une « unité de production et reproduction de la force de travail » composée d’une pluralité de rapports de production.

Le deuxième chapitre explore l’organisation et le fonctionnement de la reproduction dans le capitalisme. Ce secteur est, selon l’auteure, bien plus complexe que celui de la production, car bien qu’il produise de la valeur, il apparait comme son contraire. Si dans la production le capital mystifie l’appropriation de surtravail2 en présentant le rapport entre capital et travailleur·euse comme un échange entre équivalents, dans la reproduction tous les éléments et les sujets du travail sont niés en tant qu’éléments et agents de la production capitaliste. La reproduction se présente sur le plan formel comme « une affaire privée » et, avant tout, comme « un processus naturel ». Il n’existerait donc pas de rapport entre femme et capital, mais entre ouvrier et femme au foyer. Or, étant donné que la reproduction est production et reproduction de la marchandise force de travail, ce rapport est, selon la thèse soutenue, un rapport entre les femmes et le capital qui se fait par l’intermédiaire de l’ouvrier. Il s’agit donc d’un « rapport non directement salarié ».
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Le troisième chapitre explore les rapports femmes – hommes dans le capitalisme. Contrairement aux régimes précapitalistes, où le rapport entre les hommes et les femmes est un rapport d’échange du travail contre du travail en vue de la consommation (inégale) des valeurs d’usages (des biens produits non pas pour échanger, mais pour consommer), dans le capitalisme ce rapport devient un rapport d’échange du capital variable (c’est-à-dire, la partie du capital consacrée à rémunérer le travail dans le processus productif) contre du travail reproductif. Cette transformation renforce les pouvoirs des hommes sur les femmes tout en reproduisant le rapport productif capitaliste d’échange du capital contre du travail. Le mariage est posé comme un contrat (et un rapport) de travail entre l’ouvrier et l’ouvrière, mais il se présente comme un contrat de non-travail. Et c’est par là que le capital établit avec l’homme un rapport de production très différent sur le plan formel de celui qu’il établit avec la femme. En effet, contrairement à l’esclavage et à la servitude où les femmes et les hommes étaient soumis à un même rapport de production, avec le « travail libre », le capital établit un rapport de production différent avec les femmes et avec les hommes. L’homme devient le sujet principal du travail du processus de production et il est soumis au « rapport de travail salarié ». La femme, déclarée comme sujet du travail de reproduction, est soumise au « rapport de travail non directement salarié ». En transformant la division sexuelle du travail par la séparation entre production (valeur) et reproduction (non-valeur), la différence du pouvoir entre les hommes et les femmes vis-à-vis du capital prend, selon Fortunati, une ampleur jamais vue auparavant.

Après avoir avancé la thèse selon laquelle le rapport entre les femmes et les hommes est « un rapport de production entre la femme et le capital médié par l’homme », le quatrième chapitre se centre sur les dualités (l’opposition entre sa représentation sur le plan formel et réel) de ce rapport et l’échange que celui-ci présuppose. La thèse postulée ici est que l’échange se présente sur le plan formel comme un échange de salaire et de travail de reproduction (domestique ou sexuel) entre l’ouvrier et la femme. Mais, sur le plan réel, il s’agit d’un échange de capital variable et de travail de reproduction entre l’ouvrière (domestique ou du sexe) et le capital par l’intermédiaire de l’ouvrier. En effet, étant donné que le travail de reproduction est présenté comme « force naturelle du travail social », le capital ne peut établir un rapport direct et donc, exercer un contrôle direct sur ce travail. Pour assurer son exécution, il doit passer par un médiateur. Le « sujet réel » de l’échange capital/travail reproductif devient l’ouvrier salarié, qui s’oppose à l’ouvrière « en tant que forme de capital ». L’ouvrier achète à la femme son travail de production et reproduction de la force de travail.

Pour reprendre les catégories proposées par Hester, on peut dire que les personnes qui peuvent se le permettre passent du travail reproductif personnel au travail reproductif privé, et donc par le marché, notamment en ce qui concerne le travail domestique. En d’autres termes, les personnes qui doivent travailler davantage d’heures salariées délèguent leur travail domestique au marché privé. Celles qui, en revanche, n’ont pas les ressources nécessaires doivent cumuler travail salarié et travail reproductif non salarié, à défaut d’avoir un approvisionnement public suffisant ou, autrement dit, du travail reproductif public salarié et indirectement médiatisé par le marché. On assiste ainsi à une personnalisation et à une privatisation croissante du travail reproductif, là où le public s’en désinvestit progressivement pour faire des économies et laisse la place au marché qui, avec l’aide d’une main d’œuvre peu coûteuse, résultant de la division internationale du travail reproductif, permet d’atténuer les effets de la crise sur les classes moyennes20.

En ce qui concerne le travail domestique, la valeur d’échange de la force de travail féminine ne peut se représenter en termes formels (car elle apparait comme non-valeur). Toutefois, Fortunati soutient que cette valeur peut être définie par « la quantité de travail que coûte la production de l’ouvrière de la maison ». Le capital variable apparait dans ce rapport comme une valeur d’échange. Il ne se présente pas comme telle, mais comme salaire, en tant qu’équivalent de moyens de subsistance. Contrairement à l’ouvrier, l’ouvrière de la maison « ne peut pas acheter de l’argent avec son travail domestique », elle ne reçoit donc pas de salaire en échange de son travail car, le seul possesseur « légitime » du salaire est le salarié. Son rapport avec cet argent n’est donc pas un rapport de possession, mais un « rapport d’usage de la possession d’autrui ».

Contrairement au travail domestique, le travail du sexe est représenté par un prix. Il est donc présenté, sur le plan formel, comme une marchandise, c’est-à-dire, une valeur d’échange. L’ouvrier et l’ouvrière du sexe semblent procéder à un échange d’équivalents. Toutefois, prostituée et ouvrier ne sont ni égaux ni également libres. L’argent avec lequel l’ouvrier paye le travail du sexe est « juridiquement reconnu comme légitime », ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne le travail du sexe. Selon Fortunati, de la même manière que dans le rapport ouvrier-ouvrière de la maison, dans le rapport ouvrier-prostituée, c’est le capital qui s’approprie la valeur créée par le travail du sexe comme « capacité de reproduction sexuelle de la force de travail masculine »3 lorsqu’il « achète la force de travail de l’ouvrier où est incorporée cette valeur ».

Dans le cinquième chapitre, Fortunati s’attache à caractériser le rapport de circulation auquel appartient l’échange entre l’ouvrier et l’ouvrière de la maison et du sexe. Pour ce faire, elle analyse la consommation. Selon Karl Marx, la consommation individuelle de l’ouvrier et de l’ouvrière sont productives pour le capitaliste et pour l’État, car elle produit et reproduit leur force de travail. Fortunati soutient cette approche tout en regrettant que le processus de reproduction ne soit considéré par Marx qu’en tant que « processus de consommation productive et non comme un processus de production ». Au contraire, en analysant la consommation nécessaire à la reproduction de la force de travail, Fortunati montre que la consommation implique également un processus de production. En effet, si l’ouvrier échange son travail contre du salaire, celui-ci ne peut pas directement le consommer. Afin de consommer l’argent il faut toujours du travail ou, dans le jargon marxiste, afin de transformer le salaire en valeur d’usage immédiat, il faut du travail. On ne mange pas de l’argent. Afin de pouvoir transformer le salaire en repas, il faut du travail. Un travail non reconnu comme tel et donc non payé par le capital.

Marx définit le salaire comme équivalent de la valeur socialement nécessaire à la reproduction de la force du travail. Or le salaire « familial » ne paye pas le travail nécessaire pour la transformation du salaire en bien matériel ou immatériel de consommation immédiate. Une partie du temps de ce travail reproductif est objectivée dans la force du travail de l’ouvrier. Mais elle n’augmente pas sa valeur d’échange (c’est-à-dire le montant de son salaire) et donc, elle n’enrichit pas l’ouvrier. Par contre, elle augmente la valeur d’usage de la force de travail pour le capital, ce qui est selon Marx « l’élément créateur de valeur » dans le processus de production. Elle enrichit donc le capital. Au contraire, pour l’ouvrier ce travail de reproduction ne représente pas un travail créateur de valeur, mais une activité qui crée un bien matériel ou immatériel utile qu’il consomme. Il s’agit donc de deux rapports de circulation particuliers : d’une part, la consommation du travail de reproduction est productive pour le capital, d’autre part, elle est improductive pour l’ouvrier.

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Le travail (producteur de valeur) ne peut pas se réduire au travail salarié. Il implique toute une diversité de travail de production et de reproduction non directement salarié qu’il soit officieux (le travail domestique), illégal (le travail du sexe) ou underground (le travail informel). Il est régi par des lois très différentes, séparé et organisé de manière hiérarchique. Et c’est, selon Fortunati, parce que cette hiérarchie reflète « la stratification du pouvoir qui existe au sein de la classe » (p.132) que cette analyse, négligée par la « gauche masculine », s’avère indispensable aux luttes contre l’exploitation et l’oppression.

Dans le sixième chapitre, Fortunati explore les liens entre processus de production et de reproduction. Sur le plan formel, ces processus sont présentés comme une « photographie inversées » : dans le processus de production, l’ouvrier·e produit une valeur d’échange de sa force de travail (le salaire) tout en consommant la valeur d’usage de sa force de travail ; alors que dans le processus de reproduction, au contraire, l’ouvrière produit de la valeur d’usage (la force de travail) tout en consommant la valeur d’échange (le salaire). Or, sur le plan réel, le processus de consommation de la force de travail est, selon Fortunati, un processus de création de plus-value et ceci tant dans le processus de production que dans le processus de reproduction. En effet, si comme le soutient Marx, c’est en consommant sa force de travail dans le processus productif que l’ouvrier·e crée de la valeur et transfert cette valeur dans le produit. Ainsi, selon Fortunati, en consommant dans ce processus productif sa force de travail comme valeur d’usage produite dans le processus de reproduction, il transfère dans sa force de travail (qui est le produit du travail de reproduction) la valeur créée par le travail de reproduction.

Après avoir procédé à la démonstration théorique sur la productivité du travail de reproduction, le septième chapitre interroge la thèse marxiste sur l’exploitation. La formule présentée par Marx pour calculer le taux de plus-value (qui exprime le degré d’exploitation de la force de travail de l’ouvrier·e par le capital) correspond au rapport entre le surtravail et le travail nécessaire. Fortunati questionne l’analyse de Marx (développée dans le I livre du Capital) sur le travail nécessaire où il présente une correspondance entre valeur d’échange de la force de travail, salaire et valeur de la force du travail. Si la valeur d’échange correspond effectivement au salaire, Fortunati soutient qu’il n’en est pas de même pour ce qui concerne la valeur de la force de travail. En effet, le temps de travail nécessaire dans le processus de production représente, à la limite, la valeur des « moyens de subsistance » de la force de travail et pas sa production et reproduction, comme l’affirme Marx. Il est « insuffisant » pour la reproduction de la force de travail, notamment parce que celle-ci doit toujours être produite et reproduite pour une valeur (d’usage) supérieure à sa valeur d’échange (correspondant à son salaire). Étant donné que la formule présentée par Marx ne considère que le processus productif, celle-ci ne permet pas d’appréhender l’amplitude du temps de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail réalisée dans le cycle global de la production capitaliste qui comprend le processus de production et de reproduction. Cette formule n’exprime donc pas tout l’arc de l’exploitation capitaliste, car elle n’englobe pas tout le travail nécessaire à la reproduction de la force de travail. Pour ce faire, Fortunati procède à l’élaboration d’une nouvelle équation dans laquelle elle ajoute la plus-value domestique. À l’image de l’équation présentée par Marx pour ce qui concerne la plus-value tirée dans le processus productif, la plus-value domestique est déterminée par le rapport entre le temps de travail domestique nécessaire (à la reproduction de la force du travail de l’ouvrière) et le temps de surtravail domestique (correspondant au temps de travail durant lequel l’ouvrière produit de la plus-value). Pour calculer le taux de plus-value pour l’ensemble du système, il faut donc, selon la formule présentée par Fortunati, calculer la moyenne des taux des différents secteurs de la production et de la reproduction.

Dans le huitième chapitre, Fortunati interroge la définition de travail productif élaboré par Marx. Tout en soulignant des arguments contradictoires pour ce qui concerne l’improductivité du travail domestique, Fortunati énumère d’abord les déterminants qui, selon Marx, caractérisent le travail productif et s’interroge, ensuite, sur la possibilité d’appliquer ces déterminants au travail de reproduction. Dans le livre I du Capital, le travail productif est défini par Marx comme celui qui « produit de la survaleur pour le capitaliste ou qui sert à la valorisation du capital ». Dans le livre IV du Capital, Marx précise qu’il s’agit d’un travail qui « produit du capital » et met l’accent sur le fait que la production de plus-value doit se produire « directement » pour pouvoir qualifier un travail comme productif. En outre, le travail productif doit s’ancrer, selon Marx, dans un rapport de travail salarié. Enfin, Marx introduit une détermination secondaire du travail productif selon laquelle la « caractéristique des travailleurs productifs » est « que leur travail se réalise dans des marchandises, <des produits de travail>, de la richesse matérielle ».

Fortunati compare ces déterminants avec le travail reproductif. Si, sur le plan formel, il n’est pas possible d’observer ces déterminants, sur le plan réel, travail productif et travail reproductif présentent, selon Fortunati, des similitudes. D’une part, le travail de reproduction produit de la plus-value, même si, comme expliqué dans les chapitres précédents, celle-ci ne se présente pas en termes de valeur d’échange. Ensuite, il s’agit d’un travail « indirectement salarié ». Et, enfin, il produit une marchandise (la force de travail) qui ne peut être vendue que par l’ouvrier. En tant qu’un travail qui « se réalise dans les marchandises » il assume donc la détermination secondaire du travail productif sous une forme spécifique. Fortunati conclut cette analyse en postulant que le travail de reproduction est un travail productif « avec ses déterminations spécifiques, car il est présupposé et conditions d’existence du travail productif dans le processus de production ».

Dans le neuvième chapitre, Fortunati explore la définition de Marx du travail abstrait. Un travail abstraitement humain, désigne, dans la terminologie marxiste, un travail qui se réalise indépendamment de sa valeur d’usage, c’est-à-dire, un travail qui n’est pas effectué afin de produire quelque chose d’utile pour celui qui le réalise, mais pour produire des marchandises pour être échangées. Selon la définition classique marxiste, le travail domestique ne produit pas des marchandises et n’est donc pas un travail abstrait dont la grandeur de la valeur de son produit serait définie par le temps de travail moyen socialement nécessaire à sa production. Or, comme développé dans les chapitres précédents, le travail de reproduction produit la marchandise force de travail. Contrairement au travail salarié, le caractère abstrait du travail de reproduction est déterminé, selon Fortunati, par le fait qu’il est réalisé indépendamment de sa valeur d’échange. Si la force de travail a une valeur, c’est « parce que du travail « abstraitement humain » de reproduction est objectivé en lui ». La grandeur de cette valeur est, comme celle de toute marchandise, désindividualisé et définie par le temps de travail moyen socialement nécessaire à sa production, c’est-à-dire, un temps moyen de travail qui est déterminé par les forces productives propres à l’époque et à la société permettant de réaliser cette production en plus ou moins du temps. Si, sur le plan formel, le travail de reproduction est présenté comme le miroir inversé du travail productif, c’est parce que face à ce travail abstrait, simplifié et deshumanisant, le travail de reproduction doit apparaître à l’ouvrier comme « humanisant ». Il doit lui donner « l’illusion d’être un individu en plus d’être une marchandise force de travail » (p 215).

Le dixième chapitre explore les caractéristiques de la plus-value dans la reproduction. Marx différencie la plus-value relative et la plus-value absolue. Cette dernière est caractérisée par l’extraction d’une plus-value apportée par l’allongement de la journée de travail. Mais le capital peut également allonger le temps de surtravail sans besoin d’augmenter le temps de la journée de travail et ceci se fait par un accroissement de la productivité. Celle-ci s’effectue par une modification dans l’organisation du travail ou par le recours aux technologies permettant de produire plus de marchandises en moins de temps. La plus-value produite grâce à l’augmentation de la productivité est conceptualisé par Marx comme plus-value relative. Fortunati soutient que, contrairement au processus de production, dans le processus de reproduction l’augmentation de la productivité passe par une coopération, une division du travail et une utilisation des machines très limitées. Le capital n’est pas intéressé par le développement productif de ce secteur, car l’isolement des femmes, la faible division de ce travail au sein de la famille (revenant majoritairement aux femmes) et une machinerie limitant les possibilités de réduire le temps de travail s’avèrent être des éléments efficaces pour le contrôle de ce travail. Fortunati définit cette plus-value comme « une étrange forme de plus-value absolue » étant donné qu’elle est imbriquée, même si de manière limitée, à la plus-value relative dans le processus de la production.

Le chapitre 11 est consacré à la famille capitaliste, définit comme « terrain névralgique du processus de reproduction ». La famille est le lieu où le capital variable (la partie du capital consacré à rémunérer le travail dans le processus productif) se meut en capital « principalement par rapport à l’ouvrière de la maison et secondairement par rapport à l’ouvrier et aux futurs ouvriers » (p 240). En effet, la femme au foyer est, selon Fortunati, le sujet principal du travail domestique, mais tous les membres de la famille participent à la reproduction familiale de la force de travail même si, à la différence de la femme, il s’agit ici de sujets secondaires. En effet, selon Fortunati, épouses, maris, mères, pères, enfants, frères et sœurs produisent de la plus-value au sein de la famille et sont l’instrument par lequel le capital parvient à faire en sorte que les autres membres de la famille travaillent de manière reproductive. Tout comme l’ouvrier par rapport à l’ouvrière de la maison, chaque membre de la famille est un « médiateur du rapport de production entre le capital et les autres » : l’ouvrière de la maison par rapport à l’ouvrier et vice-versa ; la sœur par rapport au frère et vice-versa ; les parents par rapport aux enfants et vice-versa. Ces relations ne sont pas mobilisées par la production de plus-value au sein de la famille, mais par la satisfaction de leurs besoins matériels et immatériels. Cependant, c’est à travers ces relations que le capital parvient à extorquer à chacun d’entre eux et elles « un maximum de travail reproductif » en plus du travail extorqué dans le processus de travail productif directement salarié.

Ces rapports spécifiques entre les membres de la famille sont nécessaires au processus de mystification des rapports d’exploitation. Si l’échange entre l’ouvrier et l’ouvrière de la maison était réduit à un échange entre le salaire de l’ouvrier contre le travail de reproduction de l’ouvrière domestique, ce rapport ne pourrait être mystifié en tant que rapport « amoureux » et ce travail domestique ne pourrait être présenté comme un service personnel, « une force naturelle » de travail social.

Étant donné que le capital exerce son contrôle au sein de la famille moderne principalement à travers la médiation du salaire masculin (duquel dépend matériellement le reste de la famille), le père devient l’autorité régulatrice de la division et de la coopération du travail domestique. Or, selon Fortunati, les luttes des jeunes et des femmes contre la discipline familiale et le travail domestique, développées notamment à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont transformé la « structure de la consommation au sein de la famille ». Femmes et enfants commencent à arracher une partie du salaire paternel en refusant de travailler en échange, ce qui représente la formation d’une habitude anticapitaliste dans le sens où enfant, jeunes et femmes imposent leur accès à l’argent « en échange de leur seule existence comme individus et non pas comme force de travail ». Il s’agirait d’un mécanisme par lequel les nouvelles générations de travailleurs et travailleuses s’habitueraient à exiger « un niveau de revenu plus important que celui qui leur est assigné » (p 271).

Enfin, sur la base de la division du travail de reproduction, la famille moderne développe une échelle hiérarchique entre les différences d’âge et de sexe qui « fonctionne comme une force productive immanente à l’organisation capitaliste du travail domestique » (p.272). Dans ce contexte, la famille est, selon Fortunati, « un enchevêtrement de patrons et d’ouvriers, une trame d’exploités et d’exploiteurs, un réseau de chantages affectifs, de frustrations et de dépendances ». Mais, elle représente en même temps, « une énorme source potentielle d’amour, d’affection, de solidarité » (p 272). C’est pourquoi, conclut Fortunati, elle est « aussi une importante conquête ouvrière avant tout féminine », et c’est en organisant « la lutte contre le capital qu’il sera possible de transformer cette potentialité en réalité » (p272). Or, constate Fortunati, il existerait une tendance « à l’extinction concrète de la famille » ainsi que « de l’usine, entendue au sens classique du terme ». Cette constatation l’amène à formuler l’hypothèse d’une nouvelle phase en formation « du mode de production capitaliste sans usine et sans famille » (P.273). En réponse aux luttes contre l’usine et contre la famille, le capital serait en train de réorganiser le processus productif de la forme classique de ces deux structures (famille-usine). La tendance serait la reconstruction du terrain de reproduction qui, en adoptant de nouvelles formes, intégrerait en son sein des processus de production.

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Dans le chapitre 12, Fortunati explore le lien entre reproduction et accumulation du capital. Si, comme le soutient Marx, le processus d’accumulation du capital produit et exige la plus grande croissance possible de la population, selon Fortunati, cette augmentation ne se produit pas de manière naturelle. Elle implique « une augmentation du produit de la valeur du travail domestique » (p.288). Et ceci même lorsque ces forces de travail ne sont pas toutes transformées en travail productif. Ainsi, le travail domestique que l’ouvrière de la maison fournit pour un ouvrier au chômage est nécessaire pour le capital dans la mesure où il permet de conserver cette force de travail en puissance, en tant que réserve pour un potentiel usage ultérieur. En effet, le chômage (cette population surnuméraire en termes marxistes) est nécessaire pour le développement de l’accumulation du capital. Dans ce sens, lorsque la taille de la famille ouvrière est inférieure à celle « attendue », la valeur de la force de travail individuel augmente, car il y a moins de personnes pour un même montant d’argent, ce qui fait indirectement pression sur l’augmentation de la valeur d’échange de la force de travail. Selon Fortunati, c’est en réponse aux luttes souterraines pour la réduction du temps de travail domestique (exprimée dans la diminution de la natalité et du travail domestique) que le capitalisme a développé le marché international du travail, avec l’exportation et l’importation d’une force de travail nécessaire aux besoins quantitatif et qualitatif de main-d’œuvre.

Enfin, plus qu’une conclusion, le dernier chapitre ouvre de nouvelles pistes pour l’étude sur l’histoire de la reproduction dans le processus d’accumulation du capital. La thèse défend que dans le processus de production, le développement du capital dans la phase de plus-value absolue et dans celle de plus-value relative a suivi la direction opposée à celle qu’il a prise dans le processus de reproduction.

Fortunati soutient que dans les sociétés précapitalistes, où l’objectif économique est la production de valeur d’usage, le surtravail est limité, d’une part, par les besoins des propriétaires de moyens de production et, d’autre part, par le temps de travail individuel nécessaire du travailleur et de la travailleuse pour produire et consommer ses propres moyens de subsistance, c’est-à-dire, par le temps de travail nécessaire à leur reproduction. Ce temps représente une limite au temps de surtravail. Afin de surmonter cette limite, les propriétaires des moyens de production ne peuvent compter que sur le nombre des serfs, des serves ou des esclaves.

Dans les sociétés capitalistes, où l’objectif économique devient la création de valeur d’échange, le besoin de surtravail est illimité. Le « mode de production capitaliste » introduit une nouveauté : l’allongement de surtravail également dans le temps de travail nécessaire individuel. Ceci se fait grâce à la généralisation du « travail libre ». Travailleurs et travailleuses deviennent des « libres propriétaires » de leur marchandise force de travail que, contrairement au maitre ou au seigneur féodal, le capitaliste achète pour une période de temps donné. Le temps de reproduction de cette force de travail se présente ainsi comme séparé du temps de consommation de cette force de travail. En même temps, le temps de travail nécessaire à la reproduction se compose de deux parties : le temps de travail nécessaire à la production de la valeur de ses moyens de subsistance (un travail effectué en échange d’une rémunération) et le temps de travail domestique nécessaire fourni par l’ouvrière de la maison.

Fotunati différencie deux moments clés dans le processus d’accumulation du capital : celui correspondant à la phase de production de plus-value absolue et celui correspondant à la phase de production de plus-value relative. La première est caractérisée par un niveau technique et technologique peu développé, où la plus-value absolue (allongement du temps de la journée de travail) prévaut sur la plus-value relative (raccourcissement du temps de travail nécessaire).

Dans la première phase, caractérisée par l’émergence de la grande industrie, le prolongement du temps de surtravail dans le processus de production se fait au détriment du temps de travail domestique. Celui-ci tend à disparaitre, ce qui a de lourdes conséquences en ce qui concerne la survie des ouvrier·ères et donc, leur reproduction. Cette situation devient problématique pour le capital lui-même qui, après « avoir touché le fond » du secteur de la reproduction, il réalise qu’il doit agir afin de s’assurer la production et reproduction de la force de travail. À l’usurpation du temps de travail domestique s’ajoute l’indiscipline des femmes. Comme le montre une enquête médicale officielle de 1861 citée par Marx dans le Capital (livre I), cette période serait caractérisée par une forte augmentation du taux de mortalité des enfants ouvriers. Et, selon cette enquête, cette mortalité serait principalement due aux « mauvais traitement dus au travail de leurs mères » et à la « négligence » qui en résulte, qui peut aller d’une alimentation insuffisante ou inadaptée (comme la consommation d’aliments à base d’opiacés) à leur empoisonnement.

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Le taux de mortalité infantile s’accompagne d’une forte augmentation d’enfants abandonnés. Devant cette situation, l’État commencera à prendre en charge l’éducation d’une grande partie de la nouvelle force de travail. En tant que capital collectif, il doit reconnaitre que le désir de surtravail dans le processus productif affecte ses intérêts pour ce qui concerne la reproduction de la force de travail. En s’érigeant, selon les termes de Fortunati, en « planificateur du « développement » de la reproduction », l’État entame sa transition vers la formation de l’État moderne caractérisé par : « la construction de la section de classe formée par les ouvrières de la maison » ; « l’organisation et le développement du travail domestique » ; « la reconstruction et la refondation de la famille ouvrière » ; ainsi que par la création de structures et d’instruments fondamentaux à la « reproduction sociale de la force de travail » (p322- 323). Ceci afin de remplir deux fonctions : veiller à la socialisation du processus de travail de reproduction (domestique et sexuelle) et positionner l’ouvrier en tant que « contrôleur et responsable de la discipline des ouvrières de la maison et du sexe » (p. 324). Divers instruments sont ainsi développés afin de contrôler une production qualitative et quantitative de la force de travail correspondante aux besoins du capital : des législations concernant l’avortement et la contraception, la formalisation obligatoire du mariage (en tant qu’échange du salaire et du travail domestique) pour l’ensemble de la classe ouvrière, des politiques de régulation concernant l’échange du salaire et du travail du sexe, etc.

Fortunati postule ainsi que le passage de la plus-value absolue à la plus-value relative est la réponse du capitalisme à la lutte ouvrière pour la réduction de la journée de travail. En même temps, ce passage a provoqué une crise du modèle fondé sur la subordination du secteur de la reproduction à celui de la production ainsi que de l’État tel qu’il existait avant la formation de l’État moderne. Cette transition a donc impliqué des transformations majeures en ce qui concerne la famille, l’État et l’usine (avec l’introduction de nouvelles techniques, technologies et forme d’organisation du travail). La plus-value absolue va migrer de l’usine vers la maison, forgeant ainsi la figure de la femme ou foyer, l’ouvrière de la maison dont la journée de travail coïncide avec les 24 heures.

Dans cette analyse sur la relation entre la lutte pour la réduction de la journée de travail et le passage de la plus-value absolue vers la plus-value relative (dans le processus de production), Fortunati réinterroge Marx qui, en ne voyant qu’une lutte entre classe ouvrière et capital, avait omis l’analyse sur les conséquences politiques provoquées par la séparation entre les différentes sections de cette classe. Cette omission se doit, selon Fortunati, au fait que Marx (ainsi que les analyses marxistes postérieures) ne différencie pas lutte de classe (qui se limite à deux classes fondamentales ouvrière et capitaliste) et rapport de classe. La force de travail définie par Marx comme « la capacité physique et intellectuelle » d’un être humain, est diverge selon Fortunati. Femmes et hommes ; Noirs et Blancs ; enfants et adultes, ont occupé une place différente dans l’organisation du travail précapitaliste. En tant que force de travail, elles se sont présentées des formes différentes face au capital qui a refondu et diversifié ces capacités intellectuelles et physiques pour établir des relations différentes avec ces différentes sections de la classe ouvrière. En omettant cette analyse, Marx ne prenait pas en considération les différences qui caractérisent, voir même divisent, ces sections et qui s’expriment « comme des différences de pouvoir au sein de la classe ». Et c’est par cette omission que l’analyse de Marx ne permet pas de voir que le processus de « libération de la force de travail masculine » s’est fait au détriment du « processus de libération » de la force de travail d’autres sections de la classe. Cette lecture représente un frein à l’heure de débattre des stratégies révolutionnaires, affirme Fortunati. En définissant les rapports entre les sections de classe comme un vestige des rapports précapitalistes qui seraient progressivement éliminés avec le développement du capitalisme, les analyses de tradition marxiste négligent les différenciations et les discriminations au sein de la classe ouvrière. Alors que c’est en opposant les différentes sections que le capital parvient à se trouver face à une « classe occupée par des luttes internes », ce qui représente un instrument indispensable face à la « puissance de la lutte ouvrière ».

L’Arcane de la reproduction apporte ainsi une analyse incontournable au débat sur les stratégies révolutionnaires. Rédigé en 1981, cet ouvrage est un appel à dépasser « les hiérarchies capitalistes au sein de la classe ouvrière » qui ne représentent que « les intérêts de la section la plus forte, celle des ouvriers masculins » tout en les présentant comme des intérêts généraux de toute la classe. Au contraire, Fortunati prône pour une stratégie révolutionnaire capable de représenter les intérêts de toutes les sections de la classe ouvrière.

Lors de sa publication, cet ouvrage cherchait également à apporter un outil politique aux revendications portées par les féministes marxiennes à une époque où, contrairement à la stratégie soutenue par la Campagne internationale pour un salaire au travail ménager, la stratégie féministe portée de manière majoritaire consistait à revendiquer l’entrée des femmes sur le marché du travail, ce qui était considéré comme une étape essentielle à l’émancipation des femmes. Au contraire, pour les féministes marxiennes, cette stratégie était inefficace. Selon elles, le travail salarié n’allait pas faire disparaitre le travail domestique des femmes. Sans reconnaissance du travail reproductif, l’entrée massive des femmes sur le marché de l’emploi ne pouvait être que le prolongement du travail reproductif, en tant qu’activité naturelle, créatrice d’une non-valeur et donc, sous-rémunérée, flexible, précaire et, toujours, invisible. Le combat du mouvement féministe pour un salaire au travail ménager ne visait pas l’obtention d’une aide sociale pour les femmes au foyer, mais la visibilisation de l’extorsion de plus-value domestique, cruciale à l’accumulation du capital. Une lutte qui réémerge avec le mouvement pour la grève internationale féministe dont le slogan principal « si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête » traduit une stratégie dans laquelle la reproduction devient centrale en tant que lieu de lutte contre tous les rapports d’exploitation, car comme le montre L’Arcane de la reproduction, refuser le surtravail domestique (c’est-à-dire ce temps de travail gratuit) revient à revendiquer une revalorisation générale de la force du travail.

L’Arcane de la reproduction offre ainsi un corpus théorique solide et d’actualité aux luttes féministes et révolutionnaires.

Une collaboration avec Contretemps, revue de critique communiste. 

Les illustrations sont tirées de l’œuvre de Katerina Коp (CC BY-NC-ND 4.0). 

NOTES


 

1. Lancée en 1972 par des féministes italiennes (de Lotta Femminista), américaines (notamment l’historienne Silvia Federici) et anglaises (comme Brigitte Galtier et Selma James), cette campagne confère une importance stratégique au travail domestique pour l’économie capitaliste à travers la reproduction et le soin de la force de travail sans coûts directs pour le capital.

2.  Le surtravail correspond à la partie du temps de travail qui n’est pas rémunéré à l’ouvrier·e par le capital. En effet, selon Marx, dans le processus productif, la journée de travail est divisée en temps de travail nécessaire (durant lequel l’ouvrier·e crée une valeur équivalente à celle de son salaire) et en temps de surtravail ou travail gratuit, correspondant au temps passé à créer une valeur qui est accaparée par le capitaliste. 

3. La notion de reproduction sexuelle de la force de travail n’implique pas un quelconque besoin sexuel masculin (différente à celui des femmes). Fortunati tient à souligner que l’homme n’a pas davantage de besoins sexuels que les femmes mais, par contre, il peut obtenir une plus grande satisfaction de ces besoins que ce qui est permis aux femmes.