Par Gary KINSMAN — Comme toute urgence sanitaire, la crise du SIDA mettait/met en confrontation un condensé de réalités et de rapports sociaux. Lorsqu’il est question de santé publique, la question qu’il importe de poser est : de quel « public » parle-t-on et la « santé » de qui souhaite-t-on protéger ? La pandémie actuelle soulève les mêmes enjeux et bien d’autres encore, mais dans un contexte où le capitalisme néolibéral est encore plus avancé dans la destruction du système de santé, de l’assistance sociale et de l’État providence, et a créé une ère de travail précaire dans plusieurs pays....

Une conversation avec la théoricienne Leigh Claire La Berge à propos du concept de travail démarchandisé, qu’elle propose pour penser le travail après la financiarisation. Soulignant l’omniprésence du travail et la disparition des salaires dans notre moment contemporain, La Berge propose une analyse et une périodisation de la relation capital-travail à la lumière de la récente explosion de formes non rémunérées de travail. C’est cette situation, où travailler plus implique d’être payé moins, voire pas du tout, qu’elle souligne par le travail démarchandisé, dont les sites d’emploi combiné et inégal se multiplient, de la télé-réalité à l’exercice de la citoyenneté,...

Par Leigh Claire LA BERGE — Dans la perspective de repenser le marxisme, je voudrais suggérer un retour à la question du travail et, en particulier, à une certaine configuration du travail: le travail démarchandisé. En tant que manière de penser le travail ayant émergé après la financiarisation, le travail démarchandisé renvoie à l’épuisement du même rapport salarial qui continue, malgré tout, à structurer nos vies. La maxime « peiner au travail ou travailler à peine » a besoin d’une nouvelle conjoncture: à l’ère du travail démarchandisé, on se retrouve à peiner au travail et à travailler à peine. Je suggère...

Par Angela MITROPOULOS — Le thème de l’autonomie est devenu un élément central dans les discussions à propos de la migration, de la défense des frontières et du capital global. Dans ce contexte, on en est venu — parce que la conjoncture de la « mondialisation » s’imposait dans les débats — à produire une analyse stratégique accordant une plus grande importance aux mouvements de population qu’à ceux du capital. Alors que les mouvements de protestation dit « anti-mondialisation » commençaient à prendre de l’ampleur à la fin des années 1990, les débats portant sur l’analyse de la « mondialisation...

Par Juno MAC et Molly SMITH — L’horreur et le travail sont posés comme antithèses : si la prostitution est horrible, il ne peut pas s’agir d’un travail. Nous pensons pourtant qu’il est plus pertinent de partir d’un point de départ différent : il n’est pas raisonnable de présumer que le travail, peu importe le type — incluant le travail du sexe — est généralement bon. Les personnes qui n’ont jamais vendu de sexe pensent souvent qu’il doit s’agir d’un travail terrible, et plusieurs travailleur·euse·s du sexe seraient bien d’accord. Cependant, ces travailleur·euse·s ne situent peut-être pas le problème dans la...

Par Elise THORBURN — Dans la société capitaliste contemporaine, motivée par les nouvelles technologies numériques en réseau, la reproduction sociale est de plus en plus virtualisée à travers les moyens de communication. Bien que les luttes politiques récentes aient démontré que les technologies en réseau peuvent libérer la reproduction sociale du profit et de la marchandisation, la tendance générale est plutôt à la provocation et à l’accélération des crises de reproduction sociale, dans la capacité de se reproduire au quotidien et entre les générations. Ces crises ont des impacts psychiques et corporels, et intensifient la thèse de l’« usine sociale »...