Par Elise THORBURN et Gary KINSMAN — À partir d'une lutte menée au Labrador durant laquelle se sont solidarisées communautés autochtones, communautés de colons et travailleurs et travailleuses d'un mégaprojet hydroélectrique, il est souhaitable de reprendre les outils conceptuels du marxisme et du féminisme autonome de même que la pratique des enquêtes militantes. La composition de classe permet d'élargir la définition de la classe ouvrière et d'y inclure les luttes « identitaires » et décoloniales. La reproduction sociale, quant à elle, est à identifier comme site de lutte. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une proposition stratégique pour la recomposition de la...

Par Sophie LEWIS — Quelles seraient les conséquences de reconnaître qu'une mort est toujours impliquée dans un avortement ? Avant tout, cela permettrait un combat plus équilibré contre les partisans de la gestation forcée. Quand les mouvements "pro-vie" s'opposent au fœticide en soutenant qu’il tue, les féministes pro-avortement devraient être capable de reconnaître, sans honte, que oui, bien sûr que c’est le cas. Quand on cesse une grossesse, on arrête la vie du produit de notre travail de gestation. Et encore heureux que nous le fassions, car sinon le monde s'affaisserait sous le poids de la vie forcée. ...

Par Leopoldina Fortunati — Tel est donc le caractère double de la reproduction dans le capitalisme : elle apparaît bien comme création de non-valeur, mais seulement pour l’individu, et non pour le capital pour qui elle est, en réalité, uniquement création de valeur. Autrement dit, le capital ne peut se valoriser qu’en définissant le processus de reproduction comme processus « naturel » et, par conséquent, le travail de repro¬duction comme force naturelle du travail social qui ne lui coûte rien. C’est uniquement en faisant s’opposer, dans l’individu, la capacité de reproduction comme pure valeur d’usage et la capacité de production comme...

Par Mona MALAK — Le 29 avril 2019, un article du média flamand, la VRT, est titré : « Un enfant sur neuf grandit en Belgique dans une famille où personne ne travaille » . Sans devoir lire l’article, nous faisons l’hypothèse que dans ces familles-là, probablement hétéroparentales, il y a au moins une personne qui se charge de s’occuper dudit enfant, de le nourrir, le vêtir, l’envoyer à l’école… Bref, de s’assurer de sa survie. Cette même personne ferait aussi à manger pour les autres membres du ménage, souvent le partenaire, puis ferait la vaisselle avant de s’attaquer au linge sale et...

Par Camille MARCOUX - Le printemps dernier, on commémorait la grève étudiante de 2012, notamment par l’adoption de mandats de grève par plusieurs associations étudiantes et la tenue de différentes actions à travers la province. À cette occasion, un copié-collé des revendications de l’époque était mis de l’avant. Conséquemment, les erreurs du passé étaient répétées : les étudiant·e·s de l’international étaient mis·e·s à l’écart, les profs n’ont pas eu à répondre de leur rôle dans l’école et celle-ci était présentée comme un lieu d’émancipation intellectuelle ou qui pouvait se distancer du marché du travail. Toutes les autres luttes étudiantes...

Par Sylvie DUPONT — De l'extrême-gauche à l'extrême-droite, on s'entend pour dire que le travail ménager est un travail privé par opposition au travail social. Mais l'un des acquis les plus importants du féminisme est d'avoir démontré que le privé est politique. On peut être contre le fait qu'il y ait des femmes de ménage et des bonnes dans les maisons privées, on peut s'indigner avec raison de l'insuffisance de leur salaire et de leurs conditions de travail déplorables ; on ne conteste pas le fait qu'elles travaillent et donc qu'elles méritent un salaire. On ne prétend pas que ce salaire...

Par Maud SIMONET — Les appels gouvernementaux à la solidarité et au bénévolat, comme ce fut le cas au Québec et en France dès le début de la pandémie, ne sont pas des nouveautés historiques. S'adressant en particulier aux femmes, la gratuitisation du travail participe de la casse du service public qui a fragilisé la capacité de réponse à la pandémie....

Par Kay GABRIEL — Par contre, le désir d’un monde où la vie n’est plus aliénée — tel qu’exprimé par le slogan « du pain et des roses » — est, à tout le moins, la demande d’une jouissance pour tou·te·s des types de contingence esthétique que le capital confère aux riches. Ainsi, toute politique véritablement révolutionnaire doit s’orienter vers un avenir radicalement plaisant. Comme le soutient Fredric Jameson, cette orientation recentre nécessairement le corps et ses médiations : « Le plaisir est enfin le consentement de la vie dans le corps, la réconciliation — aussi momentanée soit-elle — avec la...

Par Collectif Un salaire pour toustes les stagiaires — Ce n’est pas une pandémie qui aura fait cesser le travail gratuit. Les stagiaires ont continué de pallier le manque criant de personnel en éducation, en santé, en services sociaux et dans le communautaire, lorsqu’ils et elles ne travaillaient pas comme étudiants et étudiantes, à se former pour faire le travail qu’ils et elles, au fond, faisaient déjà. L’école et les milieux de stage ont prolongé l’horizon sans fin de travail gratuit des membres de la communauté étudiante, qui n’avaient toujours pas la moindre emprise sur leurs conditions d’études, de stages et...

«Capitalocène, déchets, race et genre» est le titre d'un article de Francoise Vergès publié le 29 novembre 2021 sur la revue Ouvrage. À l'occasion d'une discussion avec Léa Payet, l'autrice présente les analyses qu'elle y développe, et les considérations qui l'ont poussée à s'intéresser à ces questions. https://youtu.be/LgFt7lS2Ck0 La discussion a été enregistrée à la fin de l'automne 2021. La musique est réalisée par l'artiste Sous-Systèmes et l'image est une oeuvre de Carlos Quiterio et Graça Santos. [printfriendly] Retour à l'accueil...