La reproduction sociale en réseau : crises dans le circuit intégré

Par ELISE THORBURN
Publié le 13 avril 2020

Dans la société capitaliste contemporaine, motivée par les nouvelles technologies numériques en réseau, la reproduction sociale est de plus en plus virtualisée à travers les moyens de communication. Bien que les luttes politiques récentes aient démontré que les technologies en réseau peuvent libérer la reproduction sociale du profit et de la marchandisation, la tendance générale est plutôt à la provocation et à l’accélération des crises de reproduction sociale, dans la capacité de se reproduire au quotidien et entre les générations. Ces crises ont des impacts psychiques et corporels, et intensifient la thèse de l’« usine sociale » de Mario Tronti à propos de la composition technique du capital. Afin de développer des modes et des moyens de communication libérateurs dans le circuit intégré, il est nécessaire de démêler et d’orienter les trajectoires des crises provoquées par la reproduction sociale en réseau. – ES

Le cycle de luttes qui a commencé en Tunisie avant de se propager en Afrique du Nord, en Europe du Sud et en Amérique du Nord en 2011 a été qualifié par bon nombre d’observateurs de « révoltes Twitter » et de « révolutions Facebook ». Grâce aux technologies numériques et aux plateformes de médias sociaux, les militant.e.s ont repoussé avec enthousiasme des régimes sclérosés, des idéologies périmées et des inégalités économiques.1 Ces moyens de communication, selon les dires de ces observateurs, constituaient des technologies radicalement nouvelles qui allaient guider les nouvelles avenues de sortie de crise.

Tout en reconnaissant les possibilités de résistance, je soutiens dans ce texte qu’il est plus approprié de considérer les moyens de communication comme des sites de reproduction sociale. Les technologies de communication en réseau sont en fait des aspects de la reproduction sociale; autant que les aliments que nous mangeons, que les lits dans lesquels nous dormons et que l’affection que nous y échangeons sont eux aussi des composantes des technologies des communications qui permettent la restauration quotidienne des êtres humains et de la force de travail. Bien que des possibilités de reproduction sociale autonome vis-à-vis, voire en résistance contre, le régime d’accumulation du capital peuvent circuler à travers ces réseaux, comme le suggèrent les théoriciens susmentionnés, les moyens de communication numériques tels qu’ils apparaissent aujourd’hui tendent plutôt à mettre la reproduction sociale en crise. Les crises provoquées par ces technologies ont des impacts psychiques, affectifs et corporels qui, en nous reproduisant en tant que travailleuses et travailleurs, obscurcissent notre existence en tant qu’êtres humains. Dans le cours de ces crises de la reproduction sociale, nous devenons de plus en plus aliéné·e·s des produits de ce travail de reproduction : les relations que nous construisons entre nous, le soin et le soucis que nous accordons aux autres, la solidarité que nous ressentons et partageons collectivement.

Dans le cadre du présent article, je commence par développer une définition détaillée de la reproduction sociale à partir des écrits de Marx, définition approfondie par le travail des théoriciennes féministes marxistes à partir des années 1970, en particulier celles affiliées aux théories italiennes de l’opéraïsme. Je démontre par la suite en quoi les moyens de communication font partie du champ de la reproduction sociale et comment les capacités de la mise en réseau élargissent l’usine sociale dans nos propres relations et intimités. J’expose ensuite comment les technologies en réseau induisent une crise de la reproduction sociale à la fois lors de la production et de la réception des communications, une crise propre à ce moment de l’histoire du capitalisme.

1. La reproduction sociale: lignées théoriques

La crise financière de 2008 a ravivé l’intérêt à l’égard des catégories et théories marxistes du capitalisme. Mais, la tendance à circonscrire le capitalisme à un système économique antagonique entre personnes salariées et propriétaires est matériellement et théoriquement insuffisante. Comme l’a noté Marx, le capital est dans son fondement un système de relations sociales impliqué dans un processus perpétuel d’expansion par subsomption formelle et réelle. Ainsi, la façon dont ce système et les personnes qui y participent sont produites et reproduites sur une base quotidienne et intergénérationnelle constitue un cadre important pour examiner à la fois l’accumulation et la résistance. 

Avant même que Marx ne formule ses analyses de la production capitaliste, François Quesnay se questionnait dans son Tableau économique de 1758 à savoir comment une société complexe « caractérisée par une prise de décision décentralisée se reproduit »2 de telle manière que les individus et les classes nécessaires à sa continuation réapparaissent après chaque cycle de production. À l’époque de Quesnay, la reproduction des rapports sociaux de production reposait sur la terre agricole : l’enclosure des biens et terres communes et la transformation des paysans ruraux en main-d’œuvre industrielle. Ce processus, auquel Marx3 réfère à titre de « soi-disant » accumulation primitive,4 a rapidement changé le lieu principal des rapports de reproduction — de la terre, c’est dans le corps et son travail que le capital a trouvé son site de reproduction.5 Dans le Livre II du Capital, Marx a détaillé la circulation du capital (avec les biens et services de consommation, ainsi qu’avec les salaires et taux de profit) afin de démontrer comment ces circuits reviennent à leurs points de départ à la fin de chaque cycle, assurant ainsi la reproduction du système capitaliste, et même son élargissement. Le travail et la force de travail (la capacité de travailler) résident au cœur de ce système de circulation.

Dans le Livre I du Capital de Marx, il est souligné que le travail est la marchandise la plus nécessaire, mais aussi la plus dévalorisée par le capital. Le travail est ce qui met le système capitaliste en marche, qui le maintient en vie et qui constitue la source de toute sa valeur. L’appropriation de la plus-value via la force de travail est à l’origine de la relation capitaliste. Alors que le capital peut être éphémère et changeant, la force de travail ne peut résider que dans l’être humain ; mais les êtres humains ne sont pas réductibles à leur capacité de travailler. Ainsi, ce qui est nécessaire pour compléter le circuit du capital peut souvent entrer en conflit avec les nécessités de survie et de reproduction de la force de travail, et avec elles la survie et la reproduction des êtres humains. Le capital souhaite réduire les coûts de reproduction de la force de travail en cherchant à réduire les salaires ; cela va à l’encontre des efforts des travailleurs et travailleuses pour augmenter autant que possible le taux de salaire. Le capital cherche à « rendre la reproduction des êtres humains aussi dépendante que possible du salaire et donc du travail salarié »6 afin qu’ils soient obligés de travailler pour survivre, indépendamment de la pression à la baisse du capital sur les salaires. Si les travailleurs et travailleuses ont accès à des moyens non marchandisés de se reproduire, de manière autonome ou via l’État, ils et elles deviennent moins dépendant·e·s de la vente de leur travail au capital et peuvent ainsi résister aux attaques du capital contre les salaires. Le capital tente de prévenir cela en s’étendant à la fois spatialement à travers le monde, mais aussi à travers les secteurs, en subsumant toujours plus d’activités à la relation salariale et, dans leurs actes de résistance, les êtres humains recherchent continuellement des moyens de reproduction qui échappent au lien marchandisant du capital, ancrant la lutte des classes dans la reproduction sociale.

Ni Marx ni les marxistes qui ont suivi ont pris au sérieux les sources de la reproduction de la force de travail et de la vie humaine, pas plus que ce qu’impliquerait le développement de formes non marchandes de reproduction sociale. Les diverses tendances classiques et orthodoxes du marxisme — et même plusieurs lectures hétérodoxes — se sont plutôt concentrées sur la reproduction du rapport capitaliste-travailleur et non sur la reproduction du travailleur elle-même, en tant qu’organisme vivant et en tant que travail potentiel. Ce sont des militantes et théoriciennes féministes des années 1960 et 1970, comme Mariarosa Dalla Costa, Selma James et Silvia Federici, qui ont proposé d’élargir la notion de travail de Marx comme thèse pour bien comprendre les processus d’accumulation du capital dans leur totalité. Elles ont retracé à rebours la circulation de l’accumulation de capital du point de production au point de reproduction — la maison, la cuisine, le lit conjugal7 — et ont insisté sur le lien entre l’accumulation primitive et le travail reproductif réalisé par les femmes.8

En termes plus simples, la reproduction sociale peut être définie ainsi : les processus quotidiens et intergénérationnels de reproduction des êtres humains qui se déroulent à la maison, mais aussi à l’école, à l’hôpital, en prison et, bien sûr, même sur Internet. Habituellement conçue comme la reproduction de l’ensemble de la société, des rapports sociaux, des conditions matérielles, des personnes en tant qu’êtres humains et en tant que capital ou, plus précisément, en tant que force de travail — celle qui donne naissance au capital — la reproduction sociale est antagonique, contradictoire, et peut être non durable.10 Dans les années 1970, les féministes se sont en grande partie concentrées sur le travail domestique, faisant valoir que la reproduction du capital dépendait du travail naturalisé et non rémunéré des femmes à la maison. Élever des enfants, prendre soin des personnes âgées, nettoyer, cuisiner, répondre aux besoins émotionnels et même avoir des relations sexuelles avec des hommes étaient toutes des activités qui « subventionnaient le salaire masculin mais aussi l’accumulation de capital » et qui reproduisaient la capacité de travailler. Définir les femmes principalement comme femmes au foyer – un processus que Mies a nommé « ménagérisation »11 servait le double objectif de rendre le travail de soins à domicile naturel et « gratuit » (c’est-à-dire non rémunéré), tout en faisant en sorte que le travail rémunéré des femmes soit considéré comme accessoire et donc dévalué socialement et financièrement.12

Au-delà du travail domestique, la reproduction sociale englobe un ensemble d’activités qui permettent de reproduire les relations sociales et matérielles du capitalisme, ainsi que les possibilités de résistance. Les théories de la reproduction sociale ont élargi la perspective genrée à travers laquelle comprendre l’économie politique13 et ont enrichi les théories intersectionnelles.14 La compréhension de l’accès à l’eau et du droit à l’eau, la théorisation de l’enfance,15 la contestation des politiques publiques et des services sociaux étatiques,16 l’analyse critique de l’éducation, de la socialisation et de la consolidation de l’État-nation,17 les confrontations à la migration et à la justice migratoire18 ont toutes bénéficié de l’opérationnalisation d’un cadre d’analyse de la reproduction sociale ces dernières années. La théorie de la reproduction sociale a permis la formulation et le soutien de notions de résistance qui dépassent la dichotomie entre États et marchés19 et qui ouvrent la voie à des prescriptions en faveur des communs.20 Dans les ouvrages cités et bien d’autres, la théorie de la reproduction sociale a permis d’inclure le travail non rémunéré, et en particulier le travail du care, dans une analyse critique de l’économie politique, et a rendu davantage visible la politisation du travail souvent ignoré des femmes. 

De manière générale, nous pouvons considérer le soutien que nous apportons aux autres, les activités régénératrices de soins auxquelles nous participons et le travail de « maintien d’un environnement durable ou de satisfaction des besoins émotionnels »21 comme les composantes affectives de la reproduction sociale. Celles-ci prennent place dans la sphère domestique, mais passent également par les institutions publiques sous forme de services de santé, d’éducation et d’un filet de sécurité sociale. En général, la reproduction sociale représente toutes ces choses qui rendent possible les moyens d’existence de base avec lesquels nous pouvons créer et entretenir des relations, que ce soit les un.es avec les autres ou avec le capital, et ce sont les processus de reproduction sociale qui soutiennent les élans de l’accumulation capitaliste. Même quand elle est salariée, la reproduction sociale est, comme le note Mies,22 sous-compensée. Les processus de « ménagérisation » ont précarisé bon nombre des formes de travail socialement reproductif effectuées en échange d’un salaire.

Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, Dalla Costa et James,23 Fortunati24 et Federici25 ont insisté sur le rôle central de la reproduction sociale dans la production de plus-value.26 Caffentzis a, quant à lui, repris les positions féministes, arguant que « la valeur est créée non seulement dans le travail nécessaire à la production de marchandises, mais aussi dans le travail nécessaire pour produire et reproduire la force de travail ».27 Cela contraste avec l’énoncé d’origine de Marx sur la création de valeur, qui n’apparaît que dans le processus de production de marchandises, et selon lequel la valeur de la force de travail est « mesurée par la valeur des marchandises consommées dans sa production, c’est-à-dire par un paquet de “biens de consommation” ».28 

Marx n’a jamais reconnu le travail non rémunéré consommé dans le cadre de la production de force de travail, et il ne l’a considéré ni comme faisant partie du processus de production ni comme faisant partie de la sphère du travail productif. Les théoriciennes féministes ont insisté sur la productivité du domaine de la reproduction et sur le rôle fondamental du travail reproductif dans la circulation du capital. Federici nous rappelle que la production et la reproduction de la force de travail et de la sphère sociale ont été aussi importantes pour le développement capitaliste que le système de fabrique et la production de marchandises. Ces théories de la reproduction sociale avancées par les féministes marxistes dans les années 1960 et 1970 ont donné un nouveau poids politique à la notion de Tronti d’« usine sociale ». La thèse de l’usine sociale suggérait que de plus en plus, sous le capitalisme, « la société dans sa totalité devient un engrenage de la production » et que « l’ensemble de la société vit en tant que fonction de l’usine »,29 mais n’avançait pas de telles affirmations dans une perspective spécifiquement féministe. La théorie de la reproduction sociale, quant à elle, a considéré les domaines du travail jusque-là invisibles et fait une place aux femmes et à d’autres sujets ignorés (les paysan·ne·s, les sujets colonisés, les chômeurs·euses, les étudiant·e·s) à l’avant-plan des luttes anticapitalistes.

Ces théories féministes ont approfondi le noyau du conflit de Marx au cœur de la reproduction sociale, en insistant sur le caractère intrinsèquement double de celle-ci, puisqu’en même temps qu’est reproduite la force de travail, sont également créés des sujets autonomes capables de transformation révolutionnaire. Elle produit simultanément des travailleurs et travailleuses pour le capital et des êtres humains antagonistes au capital. En raison de ce double caractère, les sites de reproduction sociale  — où les gens sont élevés, formés, éduqués et socialisés pour travailler dans les écoles, les maisons, les services sociaux et les plateformes de médias sociaux — deviennent de puissants lieux de lutte. Ce travail, et les lieux de ce travail, ont été largement — mais pas exclusivement — féminisés, souvent non rémunérés et de plus en plus racialisés. Ils ont été dévalués en tant que travail et rendus presque invisibles dans les histoires de lutte des classes. À l’heure actuelle, cependant, ces sites reviennent à l’avant-plan des conflits, de paire avec la tendance du capital à l’intensification et à la croissance des inégalités.

La compréhension du rôle de la reproduction sociale dans les processus de circulation du capital a été fondamentale pour développer des théories de l’accumulation qui dépassent la relation salariale, pour élaborer une analyse plus approfondie des processus d’accumulation du capital, et pour étendre les sites et les agents de lutte au-delà du travailleur et de la travailleuse  salarié·e·s comme point de départ de la production. Dans la même veine, comprendre le rôle des moyens de communication en tant qu’aspects de la reproduction sociale, et les façons dont les communications en réseau intensifient cette dynamique, trace un chemin pour mieux comprendre le régime actuel d’accumulation capitaliste, enraciné comme il l’est dans la haute technologie et les technologies en réseau. Cette compréhension nouvelle pose des fondements pour la multiplication de nouveaux sites et de nouvelles formes de résistance à la subsomption de nos vies aux dynamiques capitalistes. Pour entreprendre le projet de développement et de multiplication de résistances en réseau, il est d’abord nécessaire de comprendre les aspects de la reproduction sociale propres aux moyens de communication. En acquérant cette connaissance, il devient possible d’y voir plus clair quant aux moyens de communication en réseau en tant qu’ils invoquent une crise de la reproduction sociale de par leur enchevêtrement machinique de l’être humain et de l’usine sociale.

2. Reproduction sociale et moyens de communication

Les moyens de communication ont été au cœur des récentes analyses marxistes du capitalisme contemporain30 et Fuchs est même allé jusqu’à affirmer que Marx était « l’une des figures fondatrices des études critiques des médias et de la communication ».31 Dans le Livre II du Capital32 et dans les Grundrisse,33 Marx a souligné l’importance des communications et des transports pour l’infrastructure industrielle des entreprises et pour la reproduction du capital. La relation entre les communications et la reproduction sociale n’a cependant jamais été pris en compte. Dans la présente section, je présenterai brièvement un raisonnement permettant de considérer les moyens de communication en tant qu’aspects de la reproduction sociale, à la fois dans la manière dont ils permettent l’accélération à l’intérieur des circuits d’accumulation du capital et dans la façon dont ils cimentent la reproduction de la force de travail en excluant d’autres éléments de la vie humaine.

2.1. Circulation, production, communications

Les médias et les moyens de communication ont été négligés dans la théorisation marxiste,34 mais certains théoriciens des médias (par exemple, Garnham35 et Fuchs36) ont plaidé en faveur d’une localisation systémique des médias dans les théories capitalistes de la circulation et de la production. Pour Marx, la circulation est la transformation du capital en valeur par le mouvement circulatoire des marchandises entre l’acheteur et le vendeur ; la production est la transformation d’un produit en une marchandise détentrice de valeur par la mise en œuvre de la force de travail et des moyens de production ; et le temps de circulation est le temps que prend le capital pour se transformer de l’argent à la marchandise à encore plus d’argent (A—M—A’) dans le circuit capitaliste. Marx a soutenu que le capitalisme utilisait des technologies machiniques avancées37 — y compris les technologies des communications — pour accélérer la reproduction du capitalisme en réduisant le temps de circulation et le temps pour la réalisation de la valeur. Manzerolle et Kjøsen ont soutenu que les concepts de Marx du circuit et de la circulation impliquent en fait une théorie de la communication au sein même de l’œuvre de Marx, et que les médias numériques représentent une évolution générale de la logique capitaliste de l’accélération. Les moyens de communication, affirment-ils, « permettent au capital de se déplacer comme un processus itératif et constituent ainsi des éléments clés pour faire circuler le capital ; ils sont le moyen par lequel le capital se communique lui-même dans et à travers la société ».38 Ils soutiennent également que les questions de circulation ont été au cœur de « l’analyse de Marx de la reproduction et de l’accélération du capital » et, en substance, qu’elles « impliquent une théorie de la communication »,39situant les avancées en cours dans les médias contemporains et les technologies de communication comme directement inscrite dans la logique déjà existante identifiée par Marx. 

D’autres, comme Garnham et Fuchs ont établi des liens entre les concepts marxistes du circuit ou de la circulation du capital et les moyens de communication. Il y a plusieurs décennies, Garnham a soutenu qu’une économie politique de la communication de masse dépend d’une compréhension de la circulation et peut être réalisée à partir d’une perspective centrée sur le circuit et la circulation.40 Plus récemment, Fuchs a également évité une approche centrée sur la production ou de type infrastructure-superstructure de l’analyse des médias, se concentrant plutôt sur la circulation « et l’accumulation de capital comme décrite dans le Livre II du Capital ».41 Manzerolle et Kjøsen suggèrent que l’intérêt renouvelé pour une perspective centrée sur la circulation dans la théorisation des communications « découle de l’émergence d’un certain nombre de nouveaux phénomènes technologiques qui intensifient la logique d’accélération du capital», permettant aux théoriciens de « traiter le capitalisme comme un système de production, de circulation et de consommation à la fois de marchandises et d’idéologies ».42

Il s’agit sans aucun doute d’une approche originale, mais qui néglige l’apport théorique des féministes marxistes à propos de la reproduction sociale dans la production — et dans la reproduction — du capitalisme via ces mêmes technologies émergentes. S’il est vrai qu’une compréhension des moyens de communication comme éléments qui contribuent à la production, à la circulation et à la reproduction du capital est vitale pour les théories critiques de la communication et pour la résistance, la compréhension du rôle socialement reproductif des moyens de communication pour le capital l’est tout autant, et ce, en plus d’être négligée. Intégrer la lentille de la reproduction sociale à notre analyse des moyens de communication nous permet de comprendre de nouveaux modes de critique du capitalisme, ainsi que de saisir les potentiels de résistance que recèlent les communications socialement reproductives.

2.2. Reproduction sociale, circulation, production

Comme l’ont souligné Marx43 et Federici,44 la production et la reproduction de la vie font partie du même processus que la production de biens et de services ; et la consommation est une composante nécessaire des processus de circulation et de reproduction du capital. La consommation est également un moment clé de la reproduction sociale. Les moyens matériels et symboliques de reproduction sociale émergent largement des processus industriels et commerciaux/communicatifs du capitalisme contemporain, comme le marketing et la publicité. En plus d’accélérer la vitesse de circulation du capital et du circuit de reproduction, ces moyens de communication accolent également du sens aux biens et services consommés, contribuant davantage aux pratiques vécues ou incarnées de reproduction sociale. En ce sens, les moyens de communication sont nécessaires à l’accélération des processus circulatoires et reproductifs du capital, mais sont également essentiels à la reproduction de la force de travail et des êtres humains, car ils importent du sens aux objets de consommation, aident à l’organisation du social et à socialiser les êtres humains au capital.

Les aspects socialement reproductifs des moyens de communication sont particulièrement visibles en ce qui concerne la façon dont les êtres humains apprennent et les façons dont cette éducation nous cimente symboliquement en tant que force de travail ou en tant qu’êtres humains. Bourdieu note que l’éducation se fait à la maison et en famille, en crèche et à l’école primaire, mais aussi à travers le « capital culturel » transmis par les moyens de communication,45 ce que Lave envisageait comme « production du futur ».46 À travers des efforts de communication, certains aspects de la reproduction sociale sont ancrés non seulement dans le présent, mais constituent la forme et la nature des futurs rapports sociaux et politiques. À ce titre, Suzuki-Morris note que « la scolarisation transmet des connaissances à certaines personnes mais sans y donner accès à d’autres ».47 Conjointement avec les technologies de communication, note Giroux, les établissements d’enseignement deviennent de puissants outils idéologiques de légitimation des valeurs du marché et des rapports sociaux.48 Il soutient également que ce sont les « institutions commerciales centralisées » — qu’il s’agisse des médias traditionnels tels que la télévision ou la radio ou les nouveaux médias interactifs sur écran — qui racontent les histoires qui façonnent nos vies. Les histoires véhiculées par ces médias sont importantes, car elles informent une société, selon Giroux,  « sur son histoire, sur la vie civique, sur les relations sociales, sur l’éducation, sur les enfants, sur la liberté et sur l’imagination humaine ».49 Ces histoires transmises par les moyens de communication déterminent ainsi la mesure des valeurs pour les individus et les sociétés dans leur totalité.

Morris-Suzuki note également que le « savoir social » fait partie des informations transmises par d’autres personnes qui contribuent à socialiser les êtres humains. En tant que travailleurs et travailleuses et en tant que personnes, les savoirs sociaux nous parviennent par la formation et l’éducation institutionnelles, par le travail non rémunéré des parents et des tuteurs, par l’observation et l’imitation, mais aussi et surtout par les institutions d’édition et de diffusion, c’est-à-dire par les moyens de communication. En termes de résistance, les journaux ont historiquement fait partie intégrante de la reproduction des relations sociales de résistance lors de la révolution russe de 190550 et des conseils d’usine de 1919 à Turin en Italie.51 Dans les mouvements sociaux des années 1970, les miméographes, les caméras vidéo et surtout la radio étaient tous des sites d’accumulation de capital, mais ils ont également été reconfigurés comme des sites de reproduction sociale de la résistance, aidant à la formation de communautés et de sujets révolutionnaires.52 Les réseaux de communication à travers lesquels circule le capital contemporain sont également aujourd’hui les sites et les nœuds d’une certaine reproduction sociale high-tech, soutenue virtuellement ou activée numériquement.

3. Communications en réseau et reproduction sociale

L’omniprésence des moyens de communication en réseau approfondit la thèse de l’«usine sociale» de Tronti en subsumant la reproduction sociale dans le capital et, au cours ce processus, en engendrant des cultures globales de surveillance, de marchandisation et de consommation. Ces technologies en réseau et leurs cultures réduisent les capacités de reproduction sociale en limitant les possibilités de résistance et en cédant la place à ce que Berardi a nommé la « panique »53 et ce que l’Institute for Precarious Consciousness (IPC) a nommé « l’anxiété »54 comme mode affectif dominant de notre époque. Or, puisque la reproduction sociale consiste toujours simultanément en la production et la reproduction des êtres humains et de la force de travail — possédant ainsi un double caractère — elle contient en permanence en elle la possibilité de résistance et sert de « point zéro » pour la construction d’alternatives radicales au capital.55 Pour développer des stratégies de résistance sur le terrain de la reproduction sociale en réseau, nous devons cependant d’abord démêler les racines numériques d’une crise localisée dans le travail reproductif. Ainsi, je m’efforce ici d’examiner la manière dont les communications en réseau intensifient la dynamique de reproduction sociale déjà inhérente aux moyens de communication. À partir de cela, nous pourrons alors commencer à exposer précisément comment les communications en réseau ont tendance à interdire et à inhiber — au lieu de permettre — des possibilités plus libératrices.

Depuis les années 1990, Internet a joué un rôle important dans la communication des luttes sur le terrain de la reproduction sociale et en tant que moyen de circulation de la reproduction sociale. Des messages envoyés par les Zapatistes via les réseaux numériques ont formé ce que Harry Cleaver a appelé le « tissu électronique de la lutte »56 et les centres Indymedia développés autour des manifestations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de 1999 ont formé un réseau horizontal et mondial destiné à la communication, à l’organisation et à la prolifération des mouvements antimondialisations.57 Même si Internet est devenu un outil d’accumulation de capital, les possibilités de reproduction sociale en réseau sont devenues possibles, car Internet était de plus en plus utilisé pour exprimer du care, de la solidarité et d’autres formes d’affects. Comme le note Jodi Dean, les technologies de communication en réseau fournissent des « formes affectives de soins aux producteurs et aux consommateurs » et offrent « la mobilisation du partage et de l’expression comme instrument de “relations humaines” » sur les lieux de travail et ailleurs.59

Les médias sociaux en particulier sont devenus un terrain quasi intégral pour maintenir les liens affectifs nécessaires à l’épanouissement des relations humaines. 67 % des utilisateurs et utilisatrices de médias sociaux ont déclaré utiliser les plateformes en ligne principalement pour rester en contact avec des ami·e·s et des membres de leur famille, et près de 50 % les utilisent pour renouer avec de vieilles amitiés.59 Du côté de la parentalité, la forme la plus évidente de travail socialement reproductif qui, en Amérique du Nord, constitue un rôle qui entraîne souvent de l’isolement social, les médias sociaux remplissent également une fonction affective importante : 74 % des parents qui utilisent les réseaux sociaux déclarent les utiliser pour obtenir du soutien émotionnel de la part des contacts ; et 42 % les ont utilisé pour obtenir un soutien émotionnel ou social lié spécifiquement à ce qui entoure la parentalité.60> Les informations sur la parentalité qui, auparavant, étaient transmises de personne à personne via des réseaux amicaux ou familiaux sont désormais souvent rendues accessibles aux parents via les médias sociaux — 59 % des parents qui utilisent les médias sociaux s’en sont servi pour accéder à des informations utiles sur la parentalité.61

D’un point de vue plus général, Dean note que « les idéaux d’accessibilité, d’inclusion, de discussion et de participation […] se concrétisent dans et par l’expansion, l’intensification et l’interconnexion des télécommunications à l’échelle globale ».62 De plus, Coté et Pybus ont soutenu que les sites de réseautage social, comme MySpace.com (désormais rarement utilisé), aident (principalement) les jeunes à « élargir leurs capacités culturelles et communicatives ».63 Selon eux, ces espaces en ligne fournissent également un espace public autonome pour interagir et pour développer une dimension affective de l’utilisation des technologies. Ces éléments sont essentiels aux efforts collectifs et collaboratifs de reproduction sociale, comme en témoignent, par exemple, les projets découlant du « Printemps arabe » ou du mouvement Occupy. La trajectoire d’accessibilité, d’inclusion, de discussion et de participation à travers la technologie en réseau met en évidence certaines des formes particulières que prend la reproduction sociale dans le régime actuel d’accumulation capitaliste. Alors que ces technologies de communication en réseau jouent un rôle précieux dans l’amélioration, l’expansion et l’accélération de la reproduction des êtres humains via le travail de care, le capital tire perpétuellement des bénéfices dérivés de l’expropriation de ces processus de soins communicatifs, quel que soit leur contenu personnel ou politique. Les communications en réseau qui forgent à la fois des sites de reproduction sociale du care et des moments d’extraction de valeur marquent ces médias du même double caractère que possède la reproduction sociale en elle-même, et nous révèlent de nouveaux sites potentiels de contestation et de lutte.

Les moyens de communication — les moyens de communication en réseau en particulier — sont ainsi des sites clés de résistance dans le champ de la reproduction sociale. Ils reproduisent les êtres humains en tant que sujets autonomes, mais ils marchandisent également ces mêmes êtres humains à travers leurs activités de reproduction sociale. Cela peut être observé de deux manières : premièrement, sur le plan idéologique, dans la dispersion de la sécurité à travers le tissu même de nos expériences vécues en ligne, ce qui  aide à reproduire des sujets obéissants et conformes ; et deuxièmement, plus explicitement, par un processus de marchandisation complète par laquelle les activités de reproduction sociale sont subsumées au lien monétaire.65 Bien qu’aucune de ces formes de reproduction sociale n’engendre de crise pour le capitalisme, elles marquent bien un point de crise pour la reproduction des êtres humains en dehors de leur existence en tant que force de travail. La marchandisation intense au sein des environnements en ligne peut être interprétée comme une crise de la reproduction sociale — un obstacle (imminent ou actuel) à l’achèvement d’un circuit de reproduction. Dans ce qui suit, je vais tenter d’expliquer en quoi consiste une crise de la reproduction sociale, pour ensuite souligner comment cette crise émerge à travers les différentes intensités machiniques des communications en réseau contemporaines. Ce faisant, j’élargirai l’analyse de l’usine sociale aux problèmes de reproduction et montrerai comment l’usine sociale passe des étages des bureaux administratifs à la psyché humaine dans une trajectoire nette à travers les technologies en réseau.

4. La crise de la reproduction sociale

Une crise de la reproduction sociale est une interruption de l’achèvement du circuit de reproduction. Pour les êtres humains, ce phénomène se manifeste souvent par une crise de la vie et des moyens de subsistance, qui met les êtres humains en danger physique ou psychique et qui peut épuiser leurs capacités humaines.65 Cela peut inclure des obstacles traumatisants et dévastateurs pour l’existence tels que la guerre, la famine et le génocide, ou des crises plus banales, mais tout aussi dévastatrices, telles que le manque de soutiens sociaux pour l’éducation et les soins de santé, le manque de moyens de subsistance adéquats, des soins inaccessibles ou inabordables aux enfants ou aux personnes âgées, et l’absence de soutien psychique ou d’une dimension affective à la vie et au politique. Tel qu’indiqué plus haut, les moyens de communication sont un aspect de la reproduction sociale — un canal par lequel la reproduction sociale circule. Les technologies de communication en réseau sont des voies de transmission des liens sociaux, des expériences sensorielles et des affects corporels. En même temps, les technologies de communication en réseau contemporaines sont principalement le produit des idéologies accumulatives du capitalisme, et donc leur subsomption dans le régime d’accumulation du capital en fait des outils de production plutôt que des armes de reproduction autonome. Les formes de reproduction sociale qui circulent à travers les technologies en réseau reflètent cette tendance, accélérant la marchandisation des dimensions affectives, émotionnelles et psychiques de la vie. Ce faisant, la reproduction sociale en réseau remplit une fonction disciplinaire, car son produit est la reproduction de l’ordre social capitaliste — et donc du mode de production lui-même.66 Cela représente, à mon avis, la reproduction sociale dans un moment de crise profonde, et cette crise contemporaine accélère et élargit la notion d’« usine sociale » de Tronti, en soumettant même nos relations les plus intimes à aux rapports de production capitalistes.

Le concept d’« usine sociale » découle de la thèse de Marx sur la subsomption formelle et réelle. La subsomption réfère à la façon dont les rapports sociaux de production se croisent et pénètrent les processus de travail. Dans le Livre I du Capital, Marx note que le capital subsume les processus de travail existants dans son régime d’accumulation — les travailleurs et travailleuses, leur travail, les outils, les techniques et les marchés deviennent des éléments de la composition du capital et obligent les travailleurs à se soumettre au travail salarié. Ce processus de subsomption formelle est imité dans les moyens de communication contemporains où la connectivité généralisée et omniprésente subsume nos communications déjà existantes aux processus de production capitalistes. 

Mais puisque Marx a démontré que cette subsomption formelle n’est pas suffisante pour le capitalisme, les relations sociales et les modes de travail doivent être transformés pour qu’ils soient complètement imprégnés des exigences du capital, et ils deviennent donc eux-mêmes le capitalisme, dans une subsomption réelle. Ainsi, la « commande de communiquer »67 contemporaine est intégrée aux plateformes en ligne et aux possibilités qu’elles offrent, par exemple le champ de mise à jour du statut Facebook qui demande « À quoi pensez-vous ? ». Ces impératifs de communication, lorsqu’ils sont émis via des technologies en réseau, décomposent le corporel et transforment le travail de care incarné en nœuds informationnels dans les processus de production et d’accumulation capitalistes. Comme le soulignent Coté et Pybus, les sites de réseaux sociaux ont intégré la capacité de partager afin de « créer un corps numérique adapté »68 à travers lequel les relations affectives entre le consommateur et l’entreprise peuvent être forgées. Dans de telles relations affectives en ligne, les individus sont interpellés en tant que consommateurs productifs et « l’exploitation de ces riches filons affectifs et subjectifs est une préoccupation constante des nouveaux chefs d’entreprise ».69 De plus, cette auto-exposition volontaire à travers les technologies numériques de communication et de consommation conduit à une « dataveillance » imperméable (surveillance des données personnelles)70 nous soumettant au « regard perpétuel des autres virtuels »71 de manière à ce que notre intimité et nos choix personnels deviennent pleinement subsumés au processus de production du capital. Dans la subsomption réelle, « les relations capitalistes sont immanentes à la machine », et à travers cela, nous pouvons voir avec plus de clarté l’émergence du social « comme un vaste plan d’activités capitalisées ».72 Ces processus de communication dans la technologie en réseau approfondissent et intensifient la thèse originale de l’usine sociale de Tronti. 

Au sujet de l’usine sociale, Tronti écrit : 

« Plus le développement capitaliste avance, c’est-à-dire plus la production de plus-value relative pénètre partout, plus le circuit production-distribution-échange-consommation se développe inévitablement; c’est-à-dire que la relation entre la production capitaliste et la société bourgeoise, entre l’usine et la société, entre la société et l’État, devient de plus en plus organique. »73 

La thèse de l’usine sociale de Tronti, cela dit, ne permet pas de comprendre  l’importance et la valeur du travail de care non rémunéré pour le maintien de l’ordre social capitaliste et donc des possibilités d’accumulation qu’il représente. Elle ne tient pas spécifiquement compte des rapports sociaux de genre comme déterminants des relations de travail élargies, articulés par le travail affectif, le care ou le travail de communication, et elle ne permet pas de comprendre les innombrables façons — psychiques, corporelles et affectives — dont l’incorporation de nos vies entières dans le circuit capitaliste peut nous toucher. La thèse de l’usine sociale ne nous dit pas quelles sortes de crises cette variante du capitalisme provoque. Ce n’est qu’avec l’introduction de la notion féministe de la reproduction sociale que nous commençons à comprendre les crises engendrées par une usine sociale revigorée. Alors que la reproduction sociale offre la possibilité de résister au commandement du capital, le développement d’une conception de la reproduction sociale numérique nous permet de connaître quelles possibilités sont contrecarrées ou obscurcies dans le régime contemporain d’accumulation. Ainsi, le contenu machinique de la thèse de l’usine sociale de Tronti permet d’approfondir notre compréhension des modes de reproduction sociale contemporains et d’interpréter cette socialité numérique comme tendant vers une forme particulière de crise ; une crise à laquelle on doit nécessairement se confronter dans le moment contemporain. Pour la suite du présent texte, je me concentrerai sur les aspects communicatifs et en réseau d’une crise de la reproduction sociale en cours dans le capitalisme contemporain.

5. Crises de la reproduction sociale dans le circuit intégré

Comme l’a noté Terranova, le travail gratuit est devenu une force importante dans les économies numériques au sein des sociétés capitalistes avancées.74 En fait, la « valeur » d’Internet peut être attribuée au rôle du travail volontaire non rémunéré de ses utilisateurs et utilisatrices.75 L’introduction des médias sociaux dans la vie quotidienne d’une grande partie de la planète a exacerbé ce «travail gratuit» et accru la «valeur» d’Internet pour le capital. Les secteurs avancés du capitalisme ont transformé le temps de loisir en temps de travail, rendant «intime» le travail en tant que tel,76 capitalisant sur les interactions interpersonnelles, transformant le langage et les relations sociales en moments de travail,77 transformant même le jeu en profit78 à travers nos engagements avec les machines de communication. Ces actes de socialité numérique sont aspirés dans les flux d’accumulation du capitalisme et, ce faisant, marquent de nouvelles voies pour la marchandisation de la reproduction sociale. Marchandiser nos interactions personnelles avec les autres peut conduire à l’aliénation des pratiques mêmes de la vie. Dans une reproduction sociale numérique, la vie vécue fait partie du circuit d’accumulation du capital ; les énergies de la pensée et de la communication — les « activités neuropsychiques » de Berardi — sont mises à contribution au « rythme de la productivité en réseau ».79 La communication humaine, en se déplaçant à travers et au rythme de la machine, devient un assemblage de corporel et de virtuel. Ces communications font partie intégrante de la production de plus-value et contrecarrent des engagements plus réflexifs des individus entre eux et avec le monde.80 Cela implique souvent la destruction des liens sociaux, un rythme accéléré de manœuvres qui empêchent la pensée81 et la création d’effets déstabilisateurs déjà mentionnés tels que l’anxiété, la panique et la démence.82

Afin de démêler les fils de la crise de la reproduction sociale numérique, je départagerai la production et la réception de la communication comme des composantes distinctes, mais qui se chevauchent. Je maintiens ici cette tension tout en reconnaissant qu’il s’agit de composantes profondément entrelacées et brouillées, tant du point de vue des individus que de celui du profit, et que Terranova a déjà remis en question la légitimité de distinguer la production et la réception dans le capitalisme activé par Internet.83 Je procède ainsi de manière à démêler deux raisonnements séparés mais intimement interconnectés et dépendants l’un de l’autre lorsqu’il est question de reproduction sociale dans les communications en réseau.

Par production de communication, je fais référence à l’utilisation des technologies pour créer et transmettre des interactions communicatives. En abordant la production, je cherche à montrer comment l’utilisation des communications en réseau lie les travailleurs et travailleuses à leur travail, faisant de chaque instant un moment potentiellement productif et faisant d’eux et elles des sujets constamment au travail. Cela contribue à l’absorption du temps de loisir dans le temps de travail et à sa connexion à la réception de la communication, là où nos efforts de communication sont capturés par le capital. Cela passe par la surveillance du travail de communication à l’aide des technologies numériques, par la cueillette d’informations sur les personnes au repos ou en train de jouer. C’est dans la réception de nos intimités les plus profondes et de nos interactions quotidiennes que nous voyons la communication se mobiliser comme lieu d’extraction de capital.

5.1. Produire des communications

La dépendance envers les technologies numériques et les communications en réseau a augmenté tout au long de la période néolibérale, et avec elle la production incessante de communications au travail et ailleurs. Alors que les appareils numériques en sont venus à dominer le travail et la vie privée, un grand nombre d’êtres humains dans les économies capitalistes avancées ont commencé à produire perpétuellement des communications, à communiquer constamment dans le cadre de leur travail rémunéré et non rémunéré. Alors que les communications devenaient de plus en plus virtualisées, la « communication gratuite par la voix, le toucher ou le regard directs » a été rejetée au profit d’une « conversation à médiation électronique »84 à la fois par nécessité (au travail) et par choix (à la maison). À ce sujet Lazzarato soutient que nous devenons connectés aux technologies que nous utilisons pour communiquer, en devenant le dispositif et, simultanément, en formant «un seul corps avec la machine».85 Ainsi, les technologies de communication en réseau créent une « presence bleed »86 dans laquelle les frontières du travail et du domicile deviennent poreuses. Le travail et les loisirs, le corps et la technologie convergent et la prétendue commodité des technologies du travail « obscurcit la quantité de travail supplémentaire qu’elles demandent ».87 Ceci constitue la version 21e siècle du cyborg de Haraway,88 où toutes les capacités de résistance sont dépouillées, cédant la place à « l’asservissement machinique » de Lazzarato.89

La dispersion et l’échange constants et à haute vitesse d’informations — ce cyborg dépolitisé — est une nécessité structurelle du capitalisme contemporain. Pour maintenir le vaste réseau de production mondiale de marchandises, une connectivité constante est nécessaire. Pour garantir, former et embaucher une main-d’œuvre dans le secteur tertiaire qui constitue la majeure partie des économies contemporaines du Nord global, l’intégration en réseau devient également nécessaire. Alors que davantage de travail, même qualifié et affectif, est normalisé et routinisé, il est de plus en plus exécuté à distance, modularisé et traduit en informations, en plus de nécessiter des communications en réseau pour le réaliser.90 La communication, qui constitue un aspect nécessaire de la reproduction des êtres humains (en tant que force de travail, mais aussi bien plus que cela) devient de plus en plus cloisonnée dans les chaînes de marchandisation du capital. En raison des structures spécifiques des plateformes et de l’accessibilité des communications en réseau, les interactions sociales se réduisent à une série de mises à jour de statut, de likes, de publications d’images, de favoris et de retweets, tous normalisés et marchandisables. En conséquence, le care, la solidarité et l’amour — aspects vitaux de la reproduction sociale non marchandisée ou autonome — incitent plutôt nos « âmes »91 à travailler,  comme le suggère Berardi.92 Jarrett note comment le fait de cliquer sur le bouton « J’aime » de Facebook génère une « solidarité sociale », mais garantit également la pérennité de Facebook et des relations sociales capitalistes qui le sous-tendent.93 Les capacités de care des individus sont constituées comme une ressource pour la plus-value et, dans ce processus, un acte aussi bénin que le fait d’aimer une publication sur Facebook fait partie du « puissant mécanisme de discipline spécifique à ce moment historique ».94 Cela contribue à éliminer la moitié du double caractère de la reproduction sociale — la reproduction de la force de travail engloutit la reproduction des êtres humains — nous en venons à « aimer » le travail en abolissant le pouvoir collectif transformateur de l’amour en politique.95

Parallèlement aux communications en réseau dans le cadre du travail et à la transformation de l’amour en production de transmissions numériques, de plus en plus d’activités de loisirs sont canalisées par des machines numériques. Les communications qui ont lieu pendant le temps de loisir — là encore, y compris l’amour, le care et les expressions de solidarité — peuvent être considérées comme des moments de régénération de la reproduction sociale, dans lesquels nous pratiquons des éléments de satisfaction de nos propres besoins émotionnels et de ceux des autres. Ces communications offrent « les moyens de base pour créer et entretenir des relations de coopération ».96 Huws note que la prévalence croissante des technologies en réseau « fracture » notre existence et, par extension, nos capacités de reproduction sociale autonome.97 Dans l’ensemble, Huws soutient que les activités corporelles de reproduction sociale « comme mettre les enfants au lit ou manger un repas sont constamment interrompues par des activités virtuelles »98 telles qu’un téléphone qui sonne, un texto ou un courriel qui perturbe le rythme de vie diurne traditionnel. On nous commande perpétuellement de communiquer et on est continuellement sollicité par notre travail, qu’il soit rémunéré ou non. Cela met la reproduction sociale sur le marché en même temps qu’en crise. La prise en compte du rôle de la reproduction sociale dans les expériences de vie numérique améliorées nous permet de percevoir les façons dont la reproduction des normes capitalistes opère à travers « des relations avec les pairs et non pas simplement comme l’imposition d’une structure par une entreprise capitaliste sans visage et sans remords ».99

Il importe de ne pas exagérer les impératifs capitalistes de la reproduction sociale en réseau ni de les considérer comme totalitaires. Tel qu’indiqué précédemment, le Pew Research Center a confirmé qu’une cyber-socialité stimule et guide nos relations avec les autres — des liens affectifs d’amitié et d’amour voyagent à travers les mêmes appareils et réseaux utilisés et produits par les entreprises.100 Mais l’absorption des loisirs, de l’amour et de la reproduction sociale dans la productivité en réseau s’aligne sur le mantra néolibéral plus large de la productivité permanente et de la connectivité constante rendues possibles par Internet. Cela constitue un obstacle à la moitié du double caractère de la reproduction sociale, la reproduction des vies humaines au fondement de la résistance politique. La notion de « commande de communiquer » de l’Institute for Precarious Consciousness est représentative de la modernité néolibérale et a un impact sur la reproduction sociale non seulement au moment où ces communications sont produites, mais aussi au moment de leur réception.

5.2. Réception des communications

Avec la popularité de l’usage des réseaux numériques et des médias sociaux pour les communications au travail et ailleurs, la commande de communiquer devient une commande de se connecter. Cette connexion soumet à un regard perpétuel qui incorpore nos activités de reproduction sociale dans ce que Elmer a appelé la surveillance panoptique en réseau.101 Échapper à ce regard implique de se retirer des communications en réseau et ainsi à devenir « incommunicable ». Dans le capitalisme contemporain numérisé, l’incommunicable est exclu et effacé,102 et ne peut inévitablement pas participer à la reproduction du social. Cette incommunicabilité et cette exclusion résultent de l’omniprésence des technologies en réseau et de la demande subtile de les utiliser.

La connectivité Internet est aujourd’hui très répandue — 40 % de la population mondiale a accès à Internet à domicile, contre 1 % en 1995.103 Concernant les médias sociaux, les utilisateurs de Facebook étaient d’un milliard en 2012, contre 100 millions en 2008,104 et en 2015, un demi-milliard d’utilisateurs supplémentaires avaient été enregistrés. De même, les comptes Twitter sont passés de quatre millions en 2008 à 100 millions en 2012 et s’élèvent, en 2016, à 316 millions.105 Les estimations suggèrent que 34 % de la population mondiale est actuellement connectée via des réseaux numériques.106 Castells107 et Mason suggèrent qu’un paysage de communication aussi vaste a des résultats largement positifs, permettant aux personnes de « penser ce qu’elles veulent, d’agir de manière plus autonome et d’obtenir les connaissances dont elles ont besoin ».108 Se connecter aux autres peut permettre de développer des liens de solidarité et de confiance, des aspects intégraux de la reproduction sociale, et ainsi l’omniprésence des réseaux de communication numériques et des connexions peut sembler renforcer, approfondir et élargir les liens socialement reproductifs. Mais l’omniprésence de la connectivité et la commande de se connecter ont également un effet pervers : refuser de se connecter peut conduire à des sentiments d’exclusion, d’isolement et de désocialisation,109 et la connectivité imposée conduit à une pression persistante à être disponible. Se désengager des grands réseaux sociaux comme Facebook suscite chez beaucoup la peur de perdre la connexion avec les ami·e·s et la famille, car bon nombre d’utilisateurs et utilisatrices des médias sociaux le font principalement pour maintenir des relations personnelles.110 De plus, la connectivité constante que permettent les médias sociaux contribue aux impacts psychiques qui contrecarrent le circuit de reproduction du social.

Outre l’augmentation potentielle de la tristesse à laquelle la surutilisation des médias sociaux a contribué,111 nous devenons dépendant·e·s de la vitesse des communications, des « flux de mises à jour en constante évolution »112 et du renouvellement constant de l’information. Ce flux massif et instantané d’informations peut être libératoire, comme le démontrent Mason113 et Gerbaudo,114 mais il peut également constituer une menace. Le principal investissement des médias sociaux se trouve dans les vies vécues,115 dans la reproduction du social, non pas au profit de la reproduction des êtres humains, mais plutôt à la faveur de l’extraction de plus-value à même le vécu — et à même la reproduction — de ces vies.

La construction et la maintenance d’infrastructures numériques destinées à l’expression de l’expérience vécue génèrent « des informations de plus en plus détaillées sur toutes ces activités – et plus encore ».116 Les activités en réseau de la vie vécue via les plateformes de médias sociaux sont de plus en plus surveillées, collectées, agrégées, analysées et archivées pour une utilisation ultérieure, potentiellement à des fins de manipulation, d’extraction de valeur et de contrôle.117 Certes, des communautés se construisent à travers les réseaux numériques, et les liens affectifs développés à travers ces formes médiatiques peuvent contrer la subsomption de la reproduction sociale à l’accumulation et à la consommation, et peuvent contrer le déclin de la communauté associé aux manifestations néolibérales du social.118 Cependant, ces « communautés » embryonnaires en ligne existent au moins partiellement afin d’être mis au service de données extraites pour une accumulation de capital plus fluide et sans friction. Les technologies de communication si centrales à la socialité contemporaine dans le Nord global et ailleurs se révèlent être, sous la surface, des technologies d’accumulation et de surveillance. Les moments de vie — moments de vie en dehors de l’échange de marchandises — deviennent soudainement perceptibles par le capital ; ils deviennent visibles, surveillables, archivables. Parce que l’infrastructure d’Internet est en grande partie entre les mains du secteur privé, une vie vécue en ligne peut être traquée et suivie de manière à ce que les activités des utilisateurs et utilisatrices des médias sociaux puissent être « enregistrées, stockées et éventuellement manipulées sans le consentement éclairé des utilisateurs. »119 

Les technologies de surveillance apparaissent comme des instruments de communication bénins, comme une infrastructure de reproduction sociale dans un monde hautement numérique. Ainsi, ils colonisent une proportion toujours plus grande de notre espace de vie. L’IPC qualifie ce paysage de technologies de surveillance, présentées sous la forme d’appareils de communication, de « réseau omniprésent de surveillance à multiples facettes ».120 La carapace extérieure de cette toile comprend des édifices matériels et éphémères : par exemples les plateformes de médias sociaux comme Facebook et Twitter, la US National Security Agency, la prévalence des caméras de vidéosurveillance dans les paysages urbains, ainsi que des rapports de gestion du rendement au travail et des systèmes de mesure répandus (notamment dans le secteur de l’éducation), le système de privilèges dans les prisons et la classification des élèves en filières professionnelles ou académiques.121 Grâce à notre engagement dans de telles trajectoires de communication, les systèmes externes de surveillance et de mesure deviennent intériorisés dans nos subjectivités et nos histoires de vie ; ils deviennent les aspects dominants du social et nous effectuons du travail émotionnel et manuel pour les reproduire. Nous sommes souvent complices de l’extraction d’informations, car ces informations font de plus en plus partie intégrante des processus de reproduction sociale aujourd’hui. 

Tel qu’indiqué, il s’agit d’un processus de transformation des êtres humains en nœuds d’informations capitalisés par des intérêts privés, mobilisés pour les capacités productives potentielles qu’ils contiennent. C’est une reproduction sociale capitaliste, la subsomption d’expériences vécues au processus d’accumulation du capital, l’usine sociale de Panzieri et Tronti qui infiltre notre psyché sur une trajectoire en circulation constante. Cette reproduction sociale marchandisée et sécurisée obscurcit les potentiels plus libérateurs du care social, de la solidarité et de la socialité autonome et non aliénée qui peuvent traverser la machine.  Notre lourd investissement dans une socialité numérique qui fait explicitement partie du circuit capitaliste intègre la surveillance et la marchandisation dans notre reproduction sociale, renvoyant notre travail de reproduction directement au capital, accélérant ce que Mariarosa Dalla Costa122 et Leopoldina Fortunati123 ont théorisé à une époque moins numérique. Non seulement cela atténue les possibilités de résistance de la reproduction sociale numérique, mais cela contribue également à une crise plus large de la reproduction sociale en termes psychiques. Si, en suivant la thèse de l’usine sociale de la reproduction sociale, toutes nos vies et toutes nos relations sociales sont devenues subordonnées aux régimes de production capitalistes, et si cela se produit en grande partie à travers les réseaux numériques et les médias sociaux, les impacts psychiques de la socialité aliénée dans ces réseaux se manifestent comme une crise de la reproduction sociale.

Au-delà du potentiel de surveillance, la vitesse, la fréquence et l’ubiquité de nos communications contribuent aux moments de rupture psychique décrits par Berardi124 et l’IPC. La réception de nos moments de communication dans le circuit du capital produit une aliénation de notre existence même en tant qu’êtres humains, en tant que créatures communicatives en dehors de notre capacité à générer de la valeur —une expérience nouvelle sous le capitalisme contemporain, comme le suggère Andrejevic.125 Sans dehors pour valoriser la production, nous ne sommes plus simplement aliénés de notre travail sur le lieu de travail, mais également aliénés de nous-mêmes alors que nous sommes au travail dans tous les aspects de notre vie communicative. L’investissement dans des vies hautement médiatisées et l’anxiété ou la panique qui en résulte contrent de nombreuses possibilités de résistance.

Le collectif IPC note que la commande de communiquer sous le regard perpétuel des plateformes de médias sociaux, des technologies et des régimes limite nos capacités de solidarité, de chaleur et de care. De même, Dean soutient que la fabrication constante du soi dans les espaces en ligne conduit à une abnégation de la politique. C’est l’intensité de la circulation du contenu sur le terrain d’un capitalisme axé sur la communication qui « exclut l’antagonisme nécessaire à la politique », et une carence de connexion humaine qui éviscère la solidarité et la confiance nécessaires au risque de la politique antagonique.126 La fixation sur la connectivité, la productivité et la vitesse dans les interactions communicatives crée un monde «télé-présent»: un monde préoccupé par le moment présent perpétuel en constante évolution qui, selon Virillio, obscurcit les visions à long terme du changement, de même que la stratégie et l’organisation à la base.127 Berardi soutient que la fixation du capital sur l’extraction de valeur via les communications produit des sujets incapables de solidarité, excluant la possibilité d’une politique collective.128 Contrairement aux cycles de lutte précédents, où la communication aidait à la reproduction sociale autonome et libératrice de sujets rebelles, aujourd’hui, une grande partie de la communication titrise et marchandise la reproduction sociale. Il ressort de ces réflexions des perspectives bien sombres.

6. En conclusion

C’est en comprenant les moyens de communication en tant qu’aspect de la reproduction sociale, et comme contribuant aux crises dans ce domaine, que nous pouvons commencer à repousser cette marée, à mobiliser et à adapter les luttes pour l’autonomie et à libérer nos communications des canaux de capital et de contrôle. Hardt et Negri, dans leur Déclaration, concluent que, dans les efforts de communication, « rien ne saurait remplacer l’être-ensemble des corps et la communication incarnée qui forme la base de l’intelligence et de l’action politique collectives ».129 Mason130 et Gerbaudo131 ont, quant à eux, souligné l’importance de la connivence entre les stratégies en ligne et hors ligne dans les succès de la mobilisation égyptienne sur la place Tahrir. Le rôle du numérique dans la subsomption de nos relations sociales et de nos intimités à la masse accumulée de capital n’est pas une fatalité irréversible. Comprendre la communication et les technologies qui la rendent possible et la valorisent comme partie intégrante de la reproduction sociale et de sa crise aide à comprendre les crises du moment présent et les possibilités de résistance.

La crise de la reproduction sociale qui traverse les réseaux numériques fait partie de la décomposition machinique du prolétariat par le capital, mais bien la comprendre peut nous permettre de jeter des clés anglaises dans les engrenages. Cela peut nous permettre de développer des assemblages humains-machiniques de reproduction sociale — des modes numériques de communication avec les corps et les technologies qui améliorent le plaisir d’être ensemble, qui élargissent l’autonomie, qui érodent l’atomisation et qui défient la subsomption actuelle du capital. Cela nécessite un décentrage et une dé-fétichisation des médias numériques à la fois dans nos vies vécues et dans nos pratiques de résistance au capital. Nous devons commencer à comprendre les médias en réseau comme une extension de la croissance du social autant qu’une force déterminante dans le social, refusant aux technologies de communication en réseau un pouvoir inhérent. Avec ces mises en garde, nous pouvons commencer à imprégner les technologies de communication en réseau des politiques et des processus de libération et d’autonomie, et développer des modes de reproduction du social qui diminuent la reproduction de la force de travail et améliorent la reproduction des êtres humains autonomes. La réalisation de cette tâche est à commencer dès maintenant.

Traduit de l’anglais par Etienne Simard.

Article paru en anglais dans Triple C, vol. 14, no. 2 (2016).

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1. Voir notamment Manuel Castells, Networks of Outrage and Hope : Social Movements in the Internet Age, Cambridge, UK : Polity Press, 2012 ; Paul Mason, Why It’s Kicking Off Everywhere : The New Global Revolutions, London, Verso Books, 2012 ; Paulo Gerbaudo, Tweets and the Streets : Social Media and Contemporary Activism. London, Pluto Press, 2012 ; Linda Herrera, Revolution in the Age of Social Media : The Egyptian Popular Insurrection and the Internet, New York, Verso Books, 2014.

2. [Traduction libre] Gareth Brown, Emma Dowling, David Harvie, et Kier Milburn, « Careless Talk : Social Reproduction and the Fault Lines of the Crisis in the United Kingdom », Social Justice, Vol.39, No.1, 2013, p. 78.

3. Karl Marx, Capital : A Critique of Political Economy. Volume 1, New York, Random House, 1977.

4. La notion d’accumulation primitive, en tant que processus historique de prolétarisation originaire et fini, a longtemps été critiquée. À l’époque de Marx, Kropotkine soutenait que le capitalisme exigeait une violence continue, non sollicitée et sans médiation, pour maintenir ses relations et ses opérations de production, et plus tard Luxemburg a affirmé que l’accumulation primitive était en fait une caractéristique continue et constitutive de l’expansion capitaliste. Plus récemment, des théoriciens postcoloniaux tels que Ranajit Guha  et Samir Amin, des théoriciennes féministes telles que Federici et des théoriciens politiques autochtones telles que Glen Coulthard ont œuvré à reconstruire de manière critique la thèse marxienne de l’accumulation primitive en la concevant comme composante continue et essentielle du capitalisme dans les rapports coloniaux.

5. Maria Mies, Patriarchy and Accumulation on a World Scale, New York, Zed Books, 1998.

6. [Traduction libre] Gareth Brown, Emma Dowling, David Harvie, et Kier Milburn, op.cit., p. 79.

7. Mariarosa Dalla Costa et Selma James, The Power of Women and the Subversion of the Community, Bristol, Falling Wall Press, 1973.

8. Silvia Federici, The Caliban and the Witch: Women, the Body, and Primitive Accumulation. Brooklyn, Autonomedia, 2004 ; Leopoldina Fortunati, The Arcane of Reproduction : Housework, Prostitution, Labor, and Capital, Brooklyn, Autonomedia, 1996.

9. Diane Elson, « Social Reproduction in the Global Crisis », document présenté à l’UNRISD Conference on Social and Political Dimensions of the Global Crisis, Genève, Suisse, 12-13 novembre 2019 : http://unrisd.org/80256B3C005BD6AB/%28httpAuxPages%29/934F4B5486C1FA40C1257678002E09F3/$file/1-1Elson.pdf

10. [Traduction libre] Maria Mies, op.cit., p. ix.

11. Housewifization est le terme de Mies. NdT.

12. Maria Mies, op.cit.

13. Isabella Bakker, « Social Reproduction and the Constitution of a Gendered Political Economy », New Political Economy, Vol.12, No.4, 2007, p. 541–556.

14. Carmen Teeple Hopkins, « Introduction: Feminist Geographies of Social Reproduction and Race », Women’s Studies International Forum, Vol.48, 2015, p. 135-140.

15. Cindi Katz, « Vagabond Capitalism and the Necessity of Social Reproduction », Antipode, Vol.33, No.4, 2001, p.709–728 ; Sue Ferguson, « Canadian Contributions to Social Reproduction Feminism, Race and Embodied Labor », Race, Gender and Class, Vol.15, No.1-2, 2008, p.42-57.

16. Kate Bezanson et Meg Luxton, Social Reproduction : Feminist Political Economy Challenges Neoliberalism, Montréal, McGill-Queens University Press, 2006.

17. Pierre Bourdieu, Cultural reproduction and social reproduction in knowledge, education and cultural change, London, Tavistock, 1973 ; John Morgan, « Imagined Country : National Environmental Ideologies in School Geography Textbooks », dans Life’s Work : Geographies of Social Reproduction, édité par Katharyne Mitchell, Sallie A. Marston, et Cindi Katz, Malden, MA: Blackwell, 2004 ; Jean Lave, « Producing the Future : Getting to be British », dans Life’s Work : Geographies of Social Reproduction, édité par Katharyne Mitchell, Sallie A. Marston, et Cindi Katz. Malden, MA : Blackwell, 2004.

18. Alison Mountz, « Human Smuggling, the Transnational Imaginary, and Everyday Geographies of the Nation State », dans Life’s Work: Geographies of Social Reproduction, édité par Katharyne Mitchell, Sallie A. Marston, and Cindi Katz. Malden, MA : Blackwell, 2004.

19. Isabella Bakker et Rachel Silvey, eds., Beyond States and Markets: The Challenge of Social Reproduction, London, Routledge, 2008.

20. Silvia Federici et George Caffentzis, « Commons Against and Beyond Capitalism », Community Development Journal, Vol.49, No.S1, 2014 p.i92–i105.

21. [Traduction libre] Gareth Brown, Emma Dowling, David Harvie, et Kier Milburn, op.cit.

22. Maria Mies. 1998. Patriarchy and Accumulation on a World Scale. New York : Zed Books.

23. Mariarosa Dalla Costa et Selma James, op.cit.

24. Leopoldina Fortunati, op.cit.

25. Silvia Federici, Revolution at Point Zero : Housework, Reproduction, and Feminist Struggle, Oakland, PM Press, 2012.

26. Alors que Dallacosta et James ont fait valoir que les activités de reproduction (y compris les travaux ménagers et d’autres formes de travail domestique) peuvent ne pas être immédiatement, mais qu’elles sont « ultimement profitables à l’expansion et à l’extension de la domination du capital » (Dallacosta et James, 1973), Fortunati va plus loin, en tentant de démontrer que le travail reproductif est productif de valeur dans un cadre marxiste, contestant l’orthodoxie marxiste qui suggère que le travail reproductif est une condition préalable à la création de valeur future, qui maintient les coûts de la force de travail bas, mais qui ne crée pas lui-même valeur. Pour Fortunati, la force de travail est une marchandise comme toutes les autres, seulement contenue dans la personne du mari. Le travail domestique, selon Fortunati, fait partie du travail social global de valorisation du capital, mais est dévalué parce qu’il est contenu dans l’individu, et est conséquemment non reconnu. De la même manière, les travailleuses reproductives non rémunérées — les femmes et ménagères, dans le cas qui nous concerne — ne sont pas reconnues comme des travailleuses salariées bien qu’elles le soient, selon Fortunati.

27. [Traduction libre] George Caffentzis, In Letters of Blood and Fire : Work, Machines, and the Crisis of Capitalism. Brooklyn, Autonomedia, 2013, p. 268.

28. [Traduction libre] Ibid., p. 268.

29. [Traduction libre] Mario Tronti, dans Quaderno Rossi n° 2, cité dans Harry Cleaver, « The Inversion of Class Perspective in Marxian Theory : From Valorisation to Self-Valorisation », dans Open Marxism Volume 2 : Theory and Practice, édité par Werner Bonefled, Richard Gunn et Kosmas Psychopedis, London, Pluto Press, 1992, p. 137.

30. Nick Dyer-Witheford, Cyber-Proletariat : Global Labour in the Digital Vortex, London, Pluto Press, 2015 ; Nick Dyer-Witheford, Cyber-Marx : Cycles and Circuits in High Technology Capitalism, Chicago, University of Illinois Press, 1999 ; Christian Fuchs, « Labour in Informational Capitalism and On the Internet », The Information Society, Vol.26, No.3, 2010, p.179–196 ; Robert W. McChesney, Communication revolution : critical junctures and the future of media, XVIII, 320 p. New York, The New Press, 2007.

31. [Traduction libre] Christian Fuchs, « Some Theoretical Foundations of Critical Media Studies : Reflections on Karl Marx and the Media », International Journal of Communication, Vol.3, 2009, p. 369.

32. Karl Marx, Capital : A Critique of Political Economy. Volume 2, New York, Penguin Books, 1978.

33. Karl Marx, Grundrisse : Foundations of the Critique of Political Economy, New York, Penguin Books, 1981.

34. Atle Mikkola Kjosen, « Marxism’s Neglect of Media », document présenté à la Neglected Media Conference, Carleton University, Ottawa Ontario, 11–12 mars 2011.

35. Nicholas Garnham, Capitalist and Communication : Global Culture and the Economics of Information. London, Sage, 1990.

36. Christian Fuchs, op.cit., p.369–402.

37. Karl Marx, Capital: A Critique of Political Economy. Volume 2 ; Karl Marx, Grundrisse : Foundations of the Critique of Political Economy.

38. [Traduction libre] Vincent Manzerolle et Atle Kjosen, « Digital Media and Capital’s Logic of Acceleration », dans Marx in the Age of Digital Capitalism, édité by Christian Fuchs et Vincent Mosco, Leiden/Boston, Brill, 2015, p. 153

39. [Traduction libre] Ibid., p. 154.

40. Nicholas Garnham, op.cit.

41. [Traduction libre] Christian Fuchs, op.cit., p. 375.

42. [Traduction libre] Vincent Manzerolle et Atle Kjøsen, op.cit., p. 154.

43. Karl Marx, Capital : A Critique of Political Economy Volume 1.

44. Silvia Federici, op.cit.

45. Pierre Bourdieu, op.cit.

46. Jean Lave, op.cit.

47. [Traduction libre] Teresa Morris-Suzuki, Capitalism in the Computer Age. In Cutting Edge : Technology, Information Capitalism and Social Revolution, édité par Jim Davis, Thomas A. Hirschl, et Michael Stack, New York, Vers, 1997, p. 67.

48. Henry A. Giroulx, America’s Education Deficit and the War on Youth, New York, Mountly Review Press, 2013.

49. [Traduction libre] Ibid., p. 31.

50. Vladimir I. Lenin, « Where to Begin? », Iskra, Vol.4, mai 1901 : https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1901/may/04.htm

51. Antonio Gramsci, Selections From Political Writings 1910–1920, New York, International Publishers, 1977.

52. Franco Berardi, Marco Jacquemet et Gianfranco Vitali, Ethereal Shadows : Communication and Power in Contemporary Italy, Brooklyn, Autonomedia, 2009.

53. Franco « Bifo » Berardi, The Soul At Work : From Alienation to Autonomy, Los Angeles, Semiotext(e), 2009.

54. Institute for Precarious Consciousness, « We Are All Very Anxious : Six Theses on Anxiety and Why it is Effectively Preventing Militancy, and One Possible Strategy for Overcoming It », We Are Plan C, 4 avril 2014 : https://www.weareplanc.org/blog/we-are-all-very-anxious

55. Silvia Federici, 2012. Revolution at Point Zero : Housework, Reproduction, and Feminist Struggle. Oakland : PM Press.

56. [Traduction libre] Harry Cleaver, « Zapatistas and the Electronic Fabric of Struggle », dans Zapatista ! Reinventing Revolution in Mexico, édité par John Holloway et Eloína Peláez, London, Pluto Press, 1998.

57. Todd Wolfson, Digital Rebellion : The Birth of the CyberLeft, Chicago, University of Illinois Press, 2014.

58. [Traduction libre] Jodi Dean, Big Data : Accumulation and Enclosure. sur Academia.edu, 2014 : https://www.academia.edu/7125387/Big_data_accumulation_and_enclosure

59. Pew Research Centre, Using Social Media to Keep in Touch, Pew Research Centre, 22 décembre 2011 :  http://www.pewresearch.org/daily-number/using-social-media-to-keep-in-touch

60. Maeve Duggan, Amanda Lenhart, Cliffe Lampe, et Nicole B. Ellison, Parents and Social Media, Pew Research Centre: Internet Science and Technology, 16 juillet 2015 : https://www.pewresearch.org/fact-tank/2011/12/22/using-social-media-to-keep-in-touch

61. Ibid.

62. [Traduction libre] Jodi Dean, op.cit.

63. [Traduction libre] Mark Coté et Jennifer Pybus, « Learning to Immaterial Labour 2.0 », Emphemera : Theory and Politics in Organization, Vol.7, No.1, 2007, p. 88.

64. Comme Marx et Engels le suggèrent, le lien monétaire fait référence aux relations constituées par les transactions monétaires. Dans Le Manifeste du parti communiste, ils notent que la bourgeoisie a « foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens multicolores qui unissaient l’homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié, pour ne laisser subsister d’autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt, que le dur argent comptant », qui comprend les transferts d’argent directs mais aussi, à l’heure actuelle, à la fois la dette et le crédit.

65. Diane Elson, op.cit.

66. Kylie Jarrett, « The Relevance of ‘Women’s Work’ : Social Reproduction and Immaterial Labour in Digital Media », Television and New Media, Vol.15, No.1, 2014, p.14–29.

67. Institute for Precarious Consciousness, op.cit.

68. [Traduction libre] Mark Coté et Jennifer Pybus, op.cit., p. 97.

69. [Traduction libre] Ibid., p. 97.

70. Roger Clarke, « Information technology and dataveillance », Communications of the ACM, Vol.31, No,5, 1988, p.498-512.

71. [Traduction libre] Institute for Precarious Consciousness, op.cit.

72. [Traduction libre] Nicholas Thoburn, Deleuze, Marx, and Politics, London, Routledge, 2003, p. 78.

73. [Traduction libre] Mario Tronti, dans Quaderno Rossi n ° 2, cité dans Nicholas Thoburn, Deleuze, Marx, and Politics, London, Routledge, 2003, p. 78.

74.Tiziana Terranova, Network Culture : Politics for the Information Age, London, Pluto Press, 2004.

75. Kylie Jarrett, op.cit.

76. Melissa Gregg, Work’s Intimacy, Cambridge, Polity Press, 2011.

77. Mark Andrejevic, « Surveillance and Alienation in the Online Economy », Surveillance and Society, Vol.8, No.3, 2011 ; Jodi Dean, « Occupy Wall Street : After the Anarchist Moment », Socialist Register, Vol.49, 2013.

78. Trebor Scholz,Digital Labour : The Internet as Playground and Factory, London, Routledge, 2014.

79. [Traduction libre] Franco « Bifo » Berardi, « Cognitarian Subjectivation », E-Flux Journal, novembre 2010 : https://www.e-flux.com/journal/20/67633/cognitarian-subjectivation

80. Ursula Huws, Labor in the Global Digital Economy, New York, Monthly Review Press, 2014.

81. Ursula Huws, op.cit.

82. Franco « Bifo » Berardi, The Soul At Work : From Alienation to Autonomy ; Institute for Precarious Consciousness, op.cit.

83. Tiziana Terranova, « Producing Culture for the Digital Economy », Social Text, Vol.18, No.2, 2000.

84. [Traduction libre] Ursula Huws, op.cit.

85. Lazzarato, Maurizio, « The Machine », European Institute for Progressive Cultural Politics, octobre 2006 : http://eipcp.net/transversal/1106/lazzarato/en/

86. Le terme « bleed » est utilisé dans le sens de «déteindre». L’expression réfère ainsi à la possibilité donnée aux personnes par la prolifération des technologies de communication d’être plus flexibles quant à leurs rôles et responsabilités professionnels et personnels en les remplissant à tout moment quel que soit l’espace physique dans lequel elles se trouvent. (NdT)

87. Melissa Gregg, op.cit., p. 2.

88. Donna Haraway, A Cyborg Manifesto : Science, Technology, and Socialist. Feminism in the Late Twentieth Century, 1984.

89. Maurizio Lazzarato, op.cit.

90. Ursula Huws, op.cit.

91. Dans son texte de 2009 The Soul at Work, Berardi précise que «l’âme» n’est pas, pour lui, un concept théologique. Elle réfère plutôt à la capacité sociale et à la créativité des êtres humains. L’âme au travail est notre capacité sociale et notre créativité incorporées à la production de plus-value dans le capitalisme contemporain.

92. Franco « Bifo » Berardi, op.cit.

93. Kylie Jarrett, op.cit.

94. [Traduction libre] Ibid., p. 24.

95. Heather Davis et Paige Sarlin, « No One is Sovereign in Love : A Conversation Between Lauren Berlant and Michael Hardt », No More Potlucks, novembre/décembre 2011 : http://nomorepotlucks.org/site/no-one-is-sovereign-in-love-a-conversation-between-lauren-berlant-and-michael-hardt/

96. [Traduction libre] Gareth Brown, Emma Dowling, David Harvie et Kier Milburn, op.cit., p. 78.

97. Ursula Huws, op.cit.

98. [Traduction libre] Ibid, p. 57.

99. Kylie Jarrett, op.cit., p. 24.

100. Pew Research Centre, op.cit.

101. Greg Elmer, « A Diagram of Panoptic Surveillance », New Media and Society, Vol.5, No.2, 2003, p.231–247.

102. Institute for Precarious Consciousness, op.cit.

103. L’Union internationale des télécommunications définit un « utilisateur » comme une personne qui peut accéder à Internet, via un ordinateur ou un appareil mobile, dans le domicile où la personne vit. Les statistiques sur l’utilisation mondiale d’Internet proviennent de : http://www.Internetlivestats.com/Internet-users/#ref-3

104. Paul Mason, op.cit.

105. Les statistiques des médias sociaux proviennent de : http://www.statista.com/statistics/272014/global-social-networks-ranked-by-number-of-users

106. Ibid.

107. Manuel Castells, op.cit.

108. [Traduction libre] Paul Mason, op.cit.

109. Robert Gehl, « ‘Why I left Facebook’: Stubbornly Refusing to Not Exist Even After Opting out of Mark Zuckerberg’s Social Graph », dans Unlike Us Reader : Social Media Monopolies and Their Alternatives, édité par Geert Lovink and Miriam Rasch, 2013 ; Ganaele Langlois, « Social Media, or Towards a Political Economy of Psychic Life », dans Unlike Us Reader : Social Media Monopolies and Their Alternatives, édité par Geert Lovink and Miriam Rasch, 2013 : https://networkcultures.org/blog/publication/unlike-us-reader-social-media-monopolies-and-their-alternatives

110. Pew Research Centre, op.cit.

111. John Bohannon, « ScienceShot : Facebook is Making You Sad », Science Magazine, 14 août 2013 : https://www.sciencemag.org/news/2013/08/scienceshot-facebook-making-you-sad

112. [Traduction libre] Ganaele Langlois, op.cit.

113. Paul Mason, op.cit.

114. Paulo Gerbaudo, Tweets and the Streets : Social Media and Contemporary Activism, London, Pluto Press, 2012.

115. Ganaele Langlois, op.cit.

116. Mark Andrejevic, op.cit., p. 279.

117. Ibid., p. 278.

118. Daniel Miller, Tales from Facebook, Cambridge, Polity, 2011.

119. [Traduction libre] Mark Andrejevic, op.cit., p. 278.

120. Institute for Precarious Consciousness, op.cit.

121. Ibid.

122. Mariarosa Dalla Costa et Selma James, op.cit.

123. Leopoldina Fortunati, op.cit.

124. Franco « Bifo » Berardi, op.cit.

125. Mark Andrejevic, op.cit.

126. Jodi Dean, Big Data : Accumulation and Enclosure, p. 103.

127. Paul Virillio, The Information Bomb, London, Verso, 2006.

128. Franco « Bifo » Berardi, op.cit.

129. Michael Hardt et Antonio Negri, Déclaration. Paris, Raisons d’agir, 2013, p. 28.

130. Paul Mason, op.cit.

131. Paulo Gerbaudo, op.cit.