«La résistance a des vertus thérapeutiques» : entretien avec Raoul Vaneigem sur l’insurrection chilienne et le référendum pour une nouvelle constitution

Par EMILIO GUZMÁN LAGREZE
Correspondance avec RAOUL VANEIGEM 
Publié le 16 novembre 2020

Plus de trente ans se sont écoulés depuis le retour à la démocratie au Chili, après une dictature sanglante qui a causé des violations, des tortures et des disparitions de personnes. Durant ces trente années, le Chili a construit le laboratoire du néolibéralisme au niveau mondial avec les Chicago Boys, élèves de Milton Friedman, qui ont privatisé tous les aspects de la vie, en précarisant le peuple chilien par la mise en place d’un Crédit à mort par la Constitution politique de 1980.

En octobre 2019, les révoltes populaires pillent et incendient les pharmacies, les supermarchés et les grands magasins qui ont endetté une large part de la population chilienne (on parle de 80% de la population, incluant les étudiant·e·s, les retraité·e·s, etc.). Elles se battent aussi contre la corruption policière, une corruption violente qui a fait perdre plus de 400 yeux chez les manifestant·e·s chilien·ne·s une “mutilation politique”1 selon plusieurs journaux internationaux et institutions pour la défense des droits humains. Aujourd’hui, plus de 2 000 personnes sont prisonnier·e·s politiques, la plupart étant des jeunes, pauvres, qui n’ont pas de défense pour s’en sortir.

Mais le vote du 25 octobre de 2020 a permis l’adoption d’une nouvelle constitution avec presque 80% des votes et l’un des taux de participation les plus importants dans l’histoire du Chili. Ce vote a permis la réécriture d’une nouvelle constitution en choisissant 155 femmes et hommes. Il a élu, notamment, les fantômes d’une gauche traditionnelle, qui pendant 30 ans n’ont rien fait pour changer le modèle d’exploitation et précarisation du néolibéralisme qui s’est développé au Chili. Ils sont complices des pires cas de corruption entre de grandes entreprises telles que SOQUIMICH (la société minière du Chili) ou le groupe financier Penta et des partis politiques comme le Parti socialiste, le Parti pour la démocratie et la Démocratie chrétienne. Il faut remarquer que “La Concertación”, la coalition des partis de gauche parlementaire au Chili, a vu le jour après la dictature sous le même modèle que la sociale-démocratie espagnole, soit pour éviter l’engouement d’un front ou d’une unité populaires comme on l’a connu avec Salvador Allende dans les années 1970 – une des unités les plus fortes d’Amérique du Sud. Cette volonté est pourtant toujours présente parmi les militant·e·s de la base et les citoyen·ne·s chilien·e·s qui sont sorti·e·s dans les rues militarisées d’octobre à mars, d’Arica à Punta Arenas, du Désert d’Atacama à l’Antarctique. Elles et ils sortent dans la rue pour dire que ce modèle d’exploitation néolibéral ne va pas, mais aussi qu’elles et ils n’ont aucun espoir dans les partis traditionnels.

Ces militant·e·s et jeunes qu’on a qualifié·e·s d’ “extrémistes” dans les années 1990 avaient pourtant raison, lorsqu’au moment du plébiscite pour ou contre la continuation du gouvernement militaire de Pinochet ou le retour à la démocratie, ils et elles disaient qu’un vote pour le “Oui” (soit pour maintenir le gouvernement de Pinochet en place) ou pour le “Non” (pour la fin du gouvernement militaire) revenait au même si la mise en place d’un gouvernement démocratique ne mettait pas fin au modèle néolibéral. Car la constitution néolibérale de Jaime Guzman de 1980 demeure le plus fort et inamovible héritage de la dictature. Ce rappel remet toutefois en question le plébiscite du 25 octobre 2020, alliant les membres de cette fausse gauche et de l’extrême droite pro-Pinochet. La voie électorale pour répondre aux révoltes populaires du 15 novembre 2019 n’est-elle pas comparable à celle qui a imposé le consensus néolibéral post-dictature face à l’insurrection populaire ? Le consensus démocratique électoral n’a-t-il pas les mêmes fins bourgeoises s’il ne considère pas les secteurs populaires et les assemblées territoriales des quartiers qui, pendant la révolte, ont surgi partout dans les communes prolétaires du Chili? L’histoire menace-t-elle de se répéter?

À l’occasion de l’anniversaire de la plus grande révolte de l’histoire du Chili depuis la dictature de Pinochet et du référendum pour l’adoption d’une nouvelle constitution, j’ai ouvert le dialogue avec Raoul Vaneigem pour faire un retour sur les événements et sur la possibilité de déroger à la constitution du laboratoire néolibéral. Un texte de son plus récent livre était consacré à l’insurrection chilienne; j’ai donc voulu savoir quelles étaient ses réflexions un an plus tard dans le contexte référendaire. Il s’agit d’une correspondance qui a eu lieu entre le 15 octobre et le 3 novembre de cette année, c’est-à-dire la semaine de l’anniversaire de la révolte du Chili, celle de la votation pour la nouvelle constitution, et une semaine après l’approbation de la nouvelle constitution, sans les parlementaires des partis traditionnels (Convention Constitutionnelle). – EGL

Révolte pour la faim à Santiago, Chili, pendant la crise du Coronavirus en mai 2020.

Raoul Vaneigem, 15 octobre 2020 : Bonjour Emilio, je répondrai (ou essaierai de répondre) volontiers  à tes questions, mais c’est à toi de me donner des informations sur les récents développements de l’insurrection  au Chili depuis mon petit texte publié dans L’insurrection de la vie quotidienne.

Emilio Guzmán Lagreze : Heureux de pouvoir parler avec vous de ce moment historique. Ici, chez nous, la révolte d’octobre, novembre et décembre a brûlé entièrement la paix du consensus néolibéral comme laboratoire au niveau mondial depuis la constitution imposée pendant la dictature de Pinochet dans les années 1980 par les élèves de Milton Friedman, les soi-disant «Chicago Boys», qui ont privatisé l’éducation (l’une des plus chères du monde), la sécurité sociale, les retraites misérables, et qui ont imposé l’individualisation extrême via la compétitivité de la vie quotidienne en tous ses aspects.

La pulsion de révolte a permis d’ouvrir des conseils ouvriers dans différentes communes et régions à travers le Chili pour discuter. Des travailleurs et travailleuses de tous les types, les plus pauvres comme les plus riches, ont discuté de façon horizontale et non hiérarchisée à propos de comment refaire la constitution et le modèle social du projet-pays. C’est jusqu’au 15 novembre 2019 que les parlementaires ont sauvé la vie du gouvernement via un «Consensus pour la paix» en organisant un référendum pour refaire une nouvelle constitution, ce qui a permis à la démocratie bourgeoise d’échapper à une insurrection qui allait bon train. Jusqu’en février de cette année 2020, presqu’aucune banque, supermarché, pharmacie, bâtiment du gouvernement et grand magasin n’a résisté à la rage prolétaire. Dans tout le pays (le plus long du monde), du désert d’Atacama (le plus sec du monde) jusqu’à Punta Arenas (la commune la plus au sud du monde, juste à côté de l’Antarctique), la grève sauvage et l’autogestion généralisée s’étaient installées partout.

Suite à cela, nous avons perdu, à cause de la pandémie, la capacité de nous mobiliser et de prendre en charge des révoltes et l’auto-organisation territoriale des communes durant le confinement. Tout cela à cause d’un gouvernement (le même que l’année dernière) qui a manipulé les chiffres sur les cas de Covid-19, comme l’ont fait Bolsonaro et Trump, et qui a fait qu’aujourd’hui, trois jours avant l’anniversaire de la révolte spontanée de l’année dernière, il n’y a plus que des petites mobilisations contre les flics. 

Nous sommes en processus, en ce 25 octobre, par la voie institutionnelle, de changer la constitution néolibérale des Pinochet-Friedman Boys, mais c’est un lourd prix à payer par rapport à l’autogestion et la révolte populaire qui a perdu son intensité et sa capacité de survivre pendant la pandémie.

Quelle est ton analyse de cette situation? Qu’est-ce que tu penses de ce processus, dans la perspective de ton dernier texte sur le Chili, et de ton livre L’insurrection de la vie quotidienne?

Militaires dans la rue après la déclaration de l'État d'exception par le Président Pinera en 2019

Raoul Vaneigem : Je suis très heureux d’ouvrir un dialogue avec toi. Je ne t’apprendrai rien en disant que rarement dans l’histoire une époque n’a eu autant besoin d’intelligence. Je ne parle pas d’un discours intellectuel (si intéressant qu’il puisse être à l’occasion), mais d’une conscience éminemment sensible au vivant et à la menace qui pèse sur lui. 

Nous sommes dans la courbe montante d’une offensive menée par une économie qui revêt la forme terriblement angoissante d’un parti de la mort. Bien sûr Clausewitz nous a appris qu’au point culminant de l’offensive succédait son effondrement. Mais ce n’est pas une raison pour s’installer dans une attente en proie à l’usure qu’entraîne la vaine alternance des espérances et des déconvenues. J’ai le sentiment que nous nous sommes jusqu’à ce jour bornés à une conception militaire de notre long combat historique pour l’émancipation de l’être humain. Nous avons trop négligé que le désir de «devenir humain» esquissait un projet incompatible avec la violence guerrière, inhérente à tout pouvoir hiérarchisé, inhérente à l’existence de chefs. Nous avons toujours raisonné en termes de victoire et de défaite et le bilan auquel aboutit un tel présupposé est nécessairement désolant. La mutation de civilisation, à laquelle nous assistons, est pleine de nuit et de brouillard (Nacht und Nebel). La confusion est grande, comme sont redoutables les convulsions du vieux monstre qui meurt et veut nous entraîner dans la mort. Mais ce qui se manifeste dans le soulèvement mondial des peuples les plus divers est un phénomène nouveau – et il nous est donné d’y assister pareillement.

L’Ordre du monde nous intime avec un cynisme absolu l’ordre de mourir. C’est une injonction à laquelle obtempèrent des myriades de résignés dont le cercueil climatisé et la télévision programment la confortable agonie quotidienne. Dans le même temps explose une réaction de sens inverse, un sursaut viscéral de vie. Une autodéfense sanitaire se met en place contre une société malade qui souffre moins du coronavirus que d’une économie qui tue en exploitant l’homme et la nature. Les leçons de la Commune de Paris, des collectivités libertaires espagnoles de 1936, voire du Mouvement des occupations de 1968, montrent que si durement réprimées qu’elles fussent, les insurrections du peuple ont été interrompues, non pas anéanties. Pas plus que la vie, l’expérience de l’auto-organisation ne se conçoit en termes de réussite et d’échec. L’important est qu’elle se réitère à la lumière d’une conscience radicale. Qu’est-ce que la radicalité si ce n’est la racine de notre existence, ce combat permanent et primordial où nous tentons sans cesse de nous rééquilibrer, d’harmoniser notre relation avec nous-même et avec les autres. Toute métaphysique exclue, ce qui persiste de vivant en nous affronte, avec l’obstination du légendaire David, non pas la mort naturelle mais les artifices bureaucratico-militaires qui la dénaturent et nous l’imposent prématurément (voir les études biologiques estimant qu’avant cent ans aucune mort n’est naturelle.)

Le coup de force d’une dictature universellement proclamée a réussi à nous isoler les uns des autres. La prison est partout. Les Assemblées d’assemblées prévues en France pour novembre sont remises à plus tard, mais entre les groupes, les relations se poursuivent et continuent à mûrir. L’absurdité gouvernementale sous protection policière révèle l’effondrement de l’économie, la paupérisation croissante, la crise monétaire prévisible. C’est à nous de tout reprendre à la base. Comme je l’ai dit, en semi-plaisanterie, la résistance a des vertus thérapeutiques, se battre pour vivre aide à vivre mieux.

Tu me demandes mon avis sur la querelle des constitutions. Je ne suis pas sur le terrain et n’ai donc nulle autorité pour trancher de quelque façon que ce soit. Je pense néanmoins que nous serons d’accord pour deux généralités. La première est évidemment qu’il faut enterrer la Constitution Friedman-Pinochet. La seconde est qu’il faut dénoncer la mouture gouvernementale d’une nouvelle Constitution comme une mascarade destinée à donner un coup d’arrêt au mouvement de radicalisation sociale. Mais celui-ci n’a aucune raison de disparaître alors que la paupérisation s’accroît. 

J’ignore quel est l’ascendant du mensonge gouvernemental et sa capacité d’obtenir un vote de soutien « populaire», mais même en cas de victoire populiste, la situation ne fera qu’empirer ? Qu’une Constitution pleine de sang puisse être remplacée par une Constitution pleine de mensonges indique au moins une chose : une Constitution peut être remplacée par une autre. Le jeu constitutionnel est dangereux pour le pouvoir. Le peuple pourrait bien s’aviser que les constitutions étatiques il n’en a rien à foutre et que le plus important est de « se constituer » en assemblées d’auto-organisation où les décisions sont prises par lui et pour lui.

Emilio Guzmán Lagreze, 19 octobre 2020 : Merci bien pour votre analyse si bien aiguisée et développée, ce qui fait la particularité de votre écriture depuis les années 1960 et qui n’a pas changé en termes de profondeur et de style. 

Hier c’était l’anniversaire de la révolte d’octobre ici au Chili et les manifestations, en pleine dictature sanitaire et en pleine crise économique qui dure depuis l’année dernière, étaient très fortes. Les pillages, les églises incendiées, les assassinats de militant·e·s sont de retour après cinq mois de paix sociale bourgeoise.

Pour moi, en tant que jeune lecteur de ton œuvre et des anciens situationnistes ici au Chili, c’est pour moi un rêve de parler avec vous et de pouvoir maintenant échanger des analyses à partir de votre trajectoire et de votre recul. C’est pourquoi j’aimerais bien savoir si on peut avoir un dernier commentaire de votre part sur la question de la révolte de l’année dernière au Chili, si vous considérez qu’il y a eu des éléments similaires au processus que vous avez expérimenté à la fin des années 1960 en Belgique et en France. 

Concernant cette révolte contre une société néolibérale, de consommation, mercantile, accélérationniste, fondée sur la dette (de la Mort à crédit de Céline au Crédit à mort de mon ami Anselm Jappe), 10 millions de Chilien·e·s survivent endetté·e·s dans une société où il faut payer pour l’éducation, la santé, la culture, etc. Est-ce qu’on peut parler d’une survivance de l’esprit de 1968 dans les révoltes actuelles?

Raoul Vaneigem : Je répondrai plus longuement sur les incidences et les différences entre le refus de la colonisation consumériste de mai 1968 et l’insurrection de la vie quotidienne aujourd’hui attestée dans un grand nombre de pays. Dans l’immédiat, je souhaite préciser que mes textes sont libres et ont toute latitude d’être reproduits, traduits et diffusés. Ma seule exigence est qu’ils ne soient ni altérés ni falsifiés. Je les tiens pour un des éléments épars de cette ouverture des consciences qui me paraît primordiale. Qu’ils soient à prendre et à laisser me suffit et me dispense d’entrer en aucun cas dans les arènes de la polémique.

Barricades aux Collines de Valparaiso, Chili, en 2019.

Raoul Vaneigem, 3 novembre 2020 : J’ai attendu pour t’écrire que tombe le résultat du référendum. L’abrogation de la constitution Milton Friedman-Pinochet est sans doute un succès pour le peuple, mais ce n’est pas une défaite pour le gouvernement. Qui va rédiger la nouvelle constitution ? Des assemblées du bas (non populistes) ? Des «experts» du haut ? Des coalitions politiques ? Avec quelles implications dans l’existence quotidienne et quelles améliorations de ce bien public, une notion propre à la France et sur laquelle je me suis exprimé dans mon texte «Unité et différences dans les insurrections de France et du Chili» (je pense qu’il est traduit en castillan)? Les dispositions que le peuple chilien va adopter sont de la plus grande importance, car le Chili a redonné confiance aux gilets jaunes de France et ravivé leur idée d’un référendum, d’un RIC, Referendum d’initiative citoyenne. Dans la mesure du possible, j’aimerais suivre de près les différentes initiatives qui vont suivre l’adhésion de 70 % de la population à une nouvelle constitution.

Pour revenir à la genèse de l’insurrection qui se propage (même par intermittence) partout dans le monde, je pense que les grèves des années soixante en Belgique ont été les dernières grandes grèves prolétariennes. On a vu alors comment la bureaucratie syndicale et politique a brisé, plus sûrement que la répression violente, la tentative d’émancipation du prolétariat. Le Mouvement des Occupations de mai 1968 n’a rien de prolétarien, si ce n’est par la conscience que seule l’autogestion peut enrayer la colonisation consumériste. Le moteur du ras-le-bol soudain manifesté par une colère généralisée, c’est le sentiment que le welfare state, la société de bien-être, nous arrache à la vraie vie, qu’elle fait de nous des marchandises corvéables à merci. C’est à ce moment que la conscience d’un prolétariat, mis à mal par l’emprise bureaucratique, laisse peu à peu la place à une conscience humaine : à l’idée que notre existence est le lieu et le temps d’un combat qui prime tous les autres. Notre émancipation, notre devenir humain, n’a pas d’autre base.

On n’a pas encore très bien compris qu’en mai 1968, un coup mortel a été porté à des vérités tenues pour immuables depuis des millénaires : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme, la haine de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. C’est alors qu’une idée a commencé à se frayer un chemin : la vraie vie ne peut se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie.

Qui niera que « Nuit debout » et les Indignados n’ont été qu’un folklore intellectuel campant sur le terrain d’un mécontentement réel ? Je me sens en meilleure compagnie avec les insurgés de la vie quotidienne, si confus qu’ils puissent être, qui s’agitent aux quatre coins du monde. Il y a là une pensée qui s’éveille. Elle imprimera dans les mentalités et les mœurs sa radicale nouveauté pour autant qu’elle garde le cap de ses principes fondamentaux : auto-organisation, pas de chefs, pas d’appareils politiques et syndicaux, pas de représentants non mandatés par les assemblées citoyennes. Et surtout : priorité absolue à l’humain et à la solidarité.

Je te souhaite les joies de l’exubérance créatrice qui vient à bout de la grisaille et de la confusion.

Amicales salutations,
-R.V.

NOTES


 

1. Plusieurs articles académiques mais aussi de la presse internationale ont parlé de ce concept. En effet, le nombre de cas de jeunes rendus aveugles entre le 18 octobre et le 31 décembre 2019 est plus important que celui de la totalité des cas du conflit israélo-palestinien. Voir: https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-50354968.amp